{"id":74,"date":"2008-03-02T19:37:00","date_gmt":"2008-03-02T18:37:00","guid":{"rendered":"https:\/\/zabal.net\/?p=74"},"modified":"2025-03-31T11:22:30","modified_gmt":"2025-03-31T09:22:30","slug":"maider","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/2008\/03\/02\/maider\/","title":{"rendered":"Ma\u00efder"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote\"><p>Prim\u00e9 en 2007<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il est difficile de revenir sur un \u00e9v\u00e9nement tragique qui a marqu\u00e9 votre enfance. On pr\u00e9f\u00e8re en g\u00e9n\u00e9ral l&rsquo;oublier, lorsque cela est possible, ou lui trouver une explication rationnelle et rassurante d&rsquo;adulte. L\u2019\u00e9nigme de la disparition dont je fus \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque l&rsquo;unique t\u00e9moin est sur le point d&rsquo;\u00eatre r\u00e9solue, vingt ans apr\u00e8s. Si j\u2019ai pris la d\u00e9cision de r\u00e9diger cette lettre, c&rsquo;est seulement pour me lib\u00e9rer d&rsquo;un poids trop lourd \u00e0 porter. Jamais je n&rsquo;aurai le courage de parler \u00e0 quelqu&rsquo;un. Encore moins \u00e0 la police. La justice choisirait pour moi l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique plut\u00f4t que la prison, bien que je ne sois pas fou. J\u2019ai v\u00e9cu un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire. J\u2019en fus m\u00eame l\u2019acteur majeur, impliqu\u00e9 par la curiosit\u00e9 et l&rsquo;amour que j&rsquo;avais pour une fille singuli\u00e8re. Je ne suis pas un l\u00e2che. Enfin, je crois. La peur, grande et toujours pr\u00e9sente, ne me fera plus reculer. Ma culpabilit\u00e9 n\u2019est pas encore certaine, mais\u2026 Un ouvrier a fait une d\u00e9couverte macabre, la semaine derni\u00e8re, \u00e0 cinquante kilom\u00e8tres au sud de notre village, en Espagne. Les r\u00e9sultats des analyses para\u00eetront demain. S&rsquo;ils se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre ceux auxquels je m\u2019attends, j\u2019enverrai cette lettre aux autorit\u00e9s et dispara\u00eetrai.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Je me nomme Beno\u00eet Verlet et j&rsquo;avais onze ans au moment des faits. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 la rentr\u00e9e de septembre 1969. Cinq mois plus t\u00f4t, mon p\u00e8re avait re\u00e7u sa mutation pour Saint-Engrace, un village des Pyr\u00e9n\u00e9es, le jour m\u00eame o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle d\u00e9missionnait. Nous vivions alors perdus dans le centre de la Creuse. Mon p\u00e8re \u00e9tait directeur d&rsquo;une \u00e9cole primaire et s\u2019\u00e9tait port\u00e9 candidat \u00e0 l\u2019exil pour pourvoir un poste au pied des montagnes. Saint-Engrace \u00e9tait un petit patelin des Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques \u00e0 la fronti\u00e8re nord-est du Pays basque. Nous arriv\u00e2mes au mois de juillet et nous install\u00e2mes dans la maison de fonction. Maman trouva rapidement \u00e0 s&rsquo;occuper en faisant des m\u00e9nages et divers travaux de ferme. Il n&rsquo;y avait pas beaucoup d&rsquo;habitants, un peu plus de cinq cents, et tous \u00e9taient actifs. M\u00eame les plus \u00e2g\u00e9s avaient toujours \u00e0 faire. Je me fis tr\u00e8s vite des amis. Plut\u00f4t timide, je passais mon temps dehors \u00e0 observer les autres enfants. Tous leurs jeux se d\u00e9roulaient \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. On m&rsquo;int\u00e9gra rapidement. Mon adresse \u00e0 la pelote basque y fut pour beaucoup. Je v\u00e9cus un \u00e9t\u00e9 agr\u00e9able, le plus riche en \u00e9motions de mes jeunes ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est seulement \u00e0 la rentr\u00e9e que je d\u00e9couvris l\u2019existence de Ma\u00efder, notre voisine. Elle habitait une ferme, un vieux b\u00e2timent d\u00e9labr\u00e9 qui servait aussi d&rsquo;\u00e9table. Dans le village, les gar\u00e7ons et les filles ne se m\u00e9langeaient pas. Chaque sexe avait ses occupations. Je l\u2019aper\u00e7us pour la premi\u00e8re fois sur le chemin qui menait \u00e0 l\u2019arr\u00eat du bus scolaire. Je la suivis, surpris de ne jamais l&rsquo;avoir remarqu\u00e9e avant. Elle \u00e9tait belle, \u00e9lanc\u00e9e. Elle portait ses longs cheveux ch\u00e2tains attach\u00e9s en queue-de-cheval. Elle semblait ailleurs, avait le regard fuyant. La premi\u00e8re chose qui me frappa fut son odeur. J&rsquo;\u00e9tais habitu\u00e9 aux parfums de ma m\u00e8re, mais celui que Ma\u00efder diffusait, aux ar\u00f4mes de fleurs et d&rsquo;herbe fraichement coup\u00e9e, enivrait. Je me posais de nombreuses questions sur l&rsquo;endroit o\u00f9 elle avait pass\u00e9 ses vacances.&nbsp;Si elle \u00e9tait rest\u00e9e chez elle, pourquoi n\u2019avait-elle jamais mis les pieds dehors&nbsp;? Les autres enfants m&rsquo;apprirent qu&rsquo;elle \u00e9tait folle, comme ses parents, et qu&rsquo;elle ne fr\u00e9quentait personne. Je compris \u00e0 les entendre qu&rsquo;elle leur faisait peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma\u00efder entrait, comme moi, en sixi\u00e8me. Nous ne partagions malheureusement pas la m\u00eame classe. Chaque matin, chaque midi et chaque soir, l&rsquo;envie me d\u00e9vorait de lui proposer mon amiti\u00e9. Elle restait seule, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart. Je n\u2019arrivais pas \u00e0 aller vers elle. J\u2019\u00e9tais comme mes camarades. Elle m&rsquo;impressionnait, m\u2019attirait et m\u2019effrayait en m\u00eame temps. Je la trouvais magnifique, envoutante, pareille \u00e0 ces repr\u00e9sentations picturales de nymphes devant lesquelles on s&rsquo;\u00e9merveille. Je devinais qu&rsquo;elle se d\u00e9sint\u00e9ressait totalement de ses semblables.<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9guli\u00e8rement, \u00e0 l&rsquo;heure du souper, des disputes bruyantes \u00e9clataient dans la ferme o\u00f9 elle vivait. Elles mettaient mes parents mal \u00e0 l&rsquo;aise. \u00c0 la question que je ne leur posais jamais, ils me donnaient pour seule explication la brutalit\u00e9 du monde paysan. Je n&rsquo;imaginais pas une seconde pouvoir grandir dans un tel milieu. Avant de m&rsquo;endormir, je passais de longs moments derri\u00e8re la fen\u00eatre de ma chambre. J&rsquo;espionnais ma jeune voisine, \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt de ses moindres faits et gestes. Elle ne paraissait jamais. Elle devait travailler, pensais-je, malgr\u00e9 le d\u00e9rangement provoqu\u00e9 par les cris de ses parents. Je m&rsquo;inqui\u00e9tais pour sa scolarit\u00e9. J\u2019appris qu&rsquo;elle figurait au palmar\u00e8s des meilleurs \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre soir, post\u00e9 derri\u00e8re ma fen\u00eatre, alors que la fatigue troublait ma vision, je la vis quitter la ferme et dispara\u00eetre sur une pente de la montagne. M&rsquo;imaginer \u00e0 sa place m\u2019\u00e9pouvanta. Je me voyais perdu, livr\u00e9 aux animaux sauvages, aux fant\u00f4mes et autres monstres l\u00e9gendaires qui habitent les hauteurs. Je restai comme paralys\u00e9, guettant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment son retour. Ma m\u00e8re fit irruption. Elle avait remarqu\u00e9 la lumi\u00e8re encore allum\u00e9e de ma lampe de chevet et m&rsquo;ordonna le coucher. Je m&rsquo;ex\u00e9cutai sans rien dire de l\u2019escapade entreprise par notre voisine. Cette nuit, mes r\u00eaves d&rsquo;amour s&rsquo;assombrirent. Ils furent peupl\u00e9s de cr\u00e9atures sans nom et sans forme, n\u00e9es de mon imagination fertile et de ces histoires que nous nous racontions pendant les vacances sur la place du village, pour nous faire peur, avant de rentrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me r\u00e9veillai t\u00f4t le lendemain matin et me pr\u00e9cipitai \u00e0 la fen\u00eatre. Tout semblait normal. Je petit-d\u00e9jeunai peu et partis pr\u00e9matur\u00e9ment pour surveiller de loin la maison de Ma\u00efder et m&rsquo;assurer qu&rsquo;il ne lui \u00e9tait rien arriv\u00e9. Son p\u00e8re me remarqua. C&rsquo;\u00e9tait un homme grand et massif. Il me faisait penser au tronc d\u2019un ch\u00eane. Son visage rougeaud, ab\u00eem\u00e9, ressemblait \u00e0 une pomme de terre gonfl\u00e9e. Il buvait, c&rsquo;\u00e9tait certain. Il me salua d&rsquo;un mouvement de t\u00eate, \u00e0 moins que ce fut un geste de provocation. Je m\u2019\u00e9chappai. Quand Ma\u00efder arriva \u00e0 l\u2019arr\u00eat de bus, elle diffusait toujours cette odeur \u00e9trange de for\u00eat fleurie. J\u2019\u00e9tais peut-\u00eatre le seul \u00e0 la sentir, car aucun de mes camarades n\u2019en parlait jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, durant le d\u00eener, alors que de nouveaux cris s&rsquo;\u00e9levaient, je pr\u00e9tendis \u00eatre fatigu\u00e9 pour gagner plus rapidement ma chambre. Cette fois, j\u2019\u00e9teignis la lampe pour ne pas \u00eatre d\u00e9rang\u00e9 par ma m\u00e8re. Ma\u00efder quitta la ferme aux alentours de vingt et une heures. Je restai \u00e9veill\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 minuit et ne la vis pas revenir. Je finis par me coucher et pris la d\u00e9cision de marcher sur ses traces, la prochaine fois. Si une fille pouvait le faire, je devais aussi en \u00eatre capable. \u00c0 cette id\u00e9e, je dus rallumer la lumi\u00e8re. Chaque ombre projet\u00e9e sur les murs me gla\u00e7ait le sang. Le moindre bruit m\u2019effrayait. J&rsquo;eus du mal \u00e0 trouver le sommeil. La perspective de m\u2019en faire une amie exorcisa momentan\u00e9ment mes peurs. Le lendemain, elle gagna comme \u00e0 son habitude \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de bus. Mon r\u00f4le d&rsquo;espion commen\u00e7ait \u00e0 me plaire. J&rsquo;\u00e9chafaudais des plans sans qu&rsquo;elle n\u2019en sache rien. Je me sentais fort.<\/p>\n\n\n\n<p>Je profitai du mercredi pour pr\u00e9parer mon \u00e9quipement. Un v\u00eatement imperm\u00e9able, une lampe \u00e9lectrique, des piles de rechange et un canif. Lorsque je glissai mon sac sous le lit, je r\u00e9alisai la stupidit\u00e9 de mon entreprise. Je pouvais me perdre, faire une mauvaise rencontre, me blesser, et surtout \u00eatre pris. Il suffisait que ma m\u00e8re entre dans la chambre pendant mon absence, pour une raison quelconque, et j\u2019\u00e9tais cuit. Je revins \u00e0 mon pupitre pour terminer mes devoirs \u2014 depuis le d\u00e9but de cette histoire, attir\u00e9 par cette fille, mes notes avaient chut\u00e9 \u2014 et jurai de trouver le courage n\u00e9cessaire pour me lancer.<\/p>\n\n\n\n<p>Durant pr\u00e8s d&rsquo;une semaine, Ma\u00efder demeura sagement chez elle. Du moins, je ne remarquai pas ses sorties. Son attitude ne changeait pas&nbsp;: distante, mais toujours aussi captivante. Je fis la connaissance de sa m\u00e8re lorsqu&rsquo;un de ses moutons p\u00e9n\u00e9tra mon jardin. J&rsquo;\u00e9tais seul \u00e0 la maison et je dus, la peur au ventre, frapper \u00e0 leur porte. Je fus soulag\u00e9 de ne pas tomber sur le p\u00e8re et heureux d&rsquo;\u00e9viter Ma\u00efder avant d&rsquo;avoir d\u00e9couvert son secret. Sa m\u00e8re m&rsquo;adressa un large sourire. La pauvre femme semblait abattue. Je pense aujourd&rsquo;hui que son mari la cognait. Elle reconduit le mouton tr\u00e8s t\u00eatu qui devait revenir plusieurs fois brouter dans mon jardin. Comme il retrouvait syst\u00e9matiquement le chemin de l&rsquo;\u00e9table une fois son app\u00e9tit satisfait, nous ne signalions plus sa pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut le samedi soir que Ma\u00efder se remit \u00e0 fuguer. J&rsquo;avais pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 jouer \u00e0 la pelote et la fatigue se faisait sentir. Lorsqu&rsquo;elle quitta sa chambre, je dus prendre rapidement une d\u00e9cision. Le week-end, ma m\u00e8re me surveillait moins. Il y avait donc peu de chance qu&rsquo;elle d\u00e9couvre mon absence. Je m\u2019emparai de mon sac, ouvris la fen\u00eatre et sautai discr\u00e8tement dans l&rsquo;herbe. La lune \u00e9tait presque pleine. Je pouvais discerner sa silhouette tout en restant \u00e0 bonne distance. La for\u00eat \u00e9tait silencieuse. Autour de moi, tout me faisait peur. Je m&rsquo;attendais \u00e0 voir appara\u00eetre des yeux luisants dans les buissons. Un hululement de chouette me gla\u00e7a le sang. Un craquement de branche me paralysa. J\u2019empruntai un chemin de terre assez large pendant environ quinze minutes. Ce fut apr\u00e8s que les choses se compliqu\u00e8rent. Ma\u00efder s\u2019engagea sur un sentier abrupt qui mit le feu \u00e0 mes jambes. Le passage \u00e9tait \u00e9troit et bord\u00e9 d\u2019une v\u00e9g\u00e9tation dense. Chercher \u00e0 s&rsquo;en \u00e9carter aurait \u00e9t\u00e9 suicidaire. Je pris mes distances, car \u00e0 plusieurs reprises des ronces frott\u00e8rent bruyamment mon blouson. J&rsquo;\u00e9tais s\u00fbr qu\u2019elle ne quitterait pas ce chemin et pus donc ralentir. Ma col\u00e8re contre ces maudites ronces \u00e9tait grande et me faisait oublier tous les autres dangers. Apr\u00e8s une derni\u00e8re pente raide, le passage s&rsquo;ouvrit sur un vaste espace de verdure. Une bergerie se trouvait au milieu. Ma\u00efder y entra. M&rsquo;aventurer plus pr\u00e8s aurait \u00e9t\u00e9 p\u00e9rilleux. Aucun arbre, aucun buisson ne pouvait me cacher. Je restai \u00e0 bonne distance et l\u2019observai de loin. Comme un imb\u00e9cile, je n&rsquo;avais pas pens\u00e9 \u00e0 prendre mes jumelles. Une lumi\u00e8re inonda soudain la baraque de pierres. Je distinguais la fugueuse assise \u00e0 une table, pench\u00e9e sur quelque chose. Elle semblait \u00e9crire, dessiner. Derri\u00e8re elle, un adulte, je ne vis que son ombre, la surveillait. J\u2019imaginais un berger. La lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teignit. Ma\u00efder sortit et emporta avec elle de grandes feuilles de papier. Je la perdis de vue. Au loin, je devinais les flancs abrupts des montagnes, immenses, mena\u00e7antes. Elle allait les rejoindre. Je retournai en courant chez moi, la peur au ventre. Une fois rentr\u00e9, je remarquai en me d\u00e9shabillant quelles cons\u00e9quences avaient eu les attaques des ronces sur mon blouson. Il \u00e9tait d\u00e9chir\u00e9 \u00e0 plusieurs endroits. Ma m\u00e8re allait demander des explications et je projetais de lui raconter mes d\u00e9boires lors d\u2019une randonn\u00e9e improvis\u00e9e avec les copains.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, apr\u00e8s le repas de midi, je pris mes affaires de pelote et me rendis au fronton, comme tous les dimanches. J\u2019annon\u00e7ai \u00e0 mes amis ne pas pouvoir rester et pr\u00e9textai une balade en famille. Ils furent tr\u00e8s agac\u00e9s, car \u00e0 trois, l\u2019organisation des parties \u00e9tait plus compliqu\u00e9e. L&rsquo;un d&rsquo;eux voulut m&rsquo;accompagner, mais je refusai. Cette histoire ne concernait que moi et Ma\u00efder.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;effectuai donc l&rsquo;ascension, mais cette fois en plein jour. Le paysage \u00e9tait magnifique. J\u2019\u00e9voluais dans un arc-en-ciel de couleurs chatoyantes, apaisantes. Les formes que la nuit avait rendues mena\u00e7antes \u00e9taient redevenues amicales. Je m\u2019arr\u00eatai pour caresser l&rsquo;\u00e9corce des arbres, leurs feuilles, respirer le parfum des fleurs. Chaque fois, je devinais la pr\u00e9sence de celle qui m&rsquo;avait entra\u00een\u00e9 ici. Je m&rsquo;engageai sur le sentier pentu. Il faisait chaud et je transpirais \u00e0 grosses gouttes. Je ne pus \u00e9viter \u00e0 mon blouson de nouvelles attaques. Lorsque j&rsquo;arrivai en vue de la bergerie, elle me parut compl\u00e8tement abandonn\u00e9e. Je m&rsquo;approchai et jetai un \u0153il \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Les carreaux \u00e9taient sales. Je devinai une table dans un coin et rien d\u2019autre. Il n\u2019y avait personne. Je poussai la porte. Une odeur forte de moisi m\u2019agressa. Il faisait sombre et de nombreux insectes profit\u00e8rent de mon intrusion pour s\u2019\u00e9chapper. D&rsquo;immenses toiles d&rsquo;araign\u00e9es pendaient au plafond et je supposais la taille gigantesque des tisseuses. Je ne fis pas un pas de plus et refermai la porte. J\u2019empruntai le chemin sur lequel Ma\u00efder avait disparu et il me mena \u00e0 un pr\u00e9cipice. Il interdisait l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la montagne situ\u00e9e en face. Au fond de cette faille naturelle coulait une rivi\u00e8re dissimul\u00e9e sous de grands arbres. J\u2019entendais son chant, sans quoi je ne l&rsquo;aurais jamais devin\u00e9e. Le massif qui me faisait face s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 plus de cinq cents m\u00e8tres de hauteur. Ses flancs \u00e9taient abrupts, quasiment perpendiculaires au sol. Par endroits, des corniches \u00e9troites accueillaient des vautours. Je me demandais comment atteindre ce lieu. Il devait exister une passerelle quelque part. Je me serais engag\u00e9 dans sa recherche si je n&rsquo;avais pas cru distinguer, au sommet, une forme en mouvement. Cela aurait pu \u00eatre n&rsquo;importe quoi&nbsp;: un pottok, une brebis, une ch\u00e8vre. Mais je pensais \u00e0 Ma\u00efder. La chose se figea et je fus saisi. Elle me regardait. Je baissai la t\u00eate et rebroussai chemin. J&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rai le pas pour dispara\u00eetre le plus vite possible. Cette vision me hanta le reste de la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e8re cria fort en voyant l&rsquo;\u00e9tat de mon blouson. Je ne r\u00e9agissais pas. J&rsquo;avais peur que Ma\u00efder m&rsquo;ait reconnu. Avant de me coucher, j&rsquo;observai, lumi\u00e8re \u00e9teinte, la ferme plong\u00e9e dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Les lieux \u00e9taient paisibles. Je m&rsquo;allongeai et fermai les yeux. L&rsquo;image de cette masse rocheuse, inaccessible, domin\u00e9e par Ma\u00efder, me donnait le vertige. Je ressentais un malaise, celui d\u2019arpenter les terres du surnaturel. Je repensais aussi au berger. Apr\u00e8s tout, c&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre lui, l\u00e0-haut. Cette id\u00e9e me rassura et je m\u2019endormis.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain matin, je me r\u00e9veillai plus t\u00f4t que d&rsquo;habitude. J\u2019avalai rapidement mon petit-d\u00e9jeuner et me cachai pour surveiller le d\u00e9part de Ma\u00efder. Je craignais qu\u2019elle m\u2019ait reconnu, la veille. Quand elle quitta la ferme, j\u2019attendis une longue minute et pris la route derri\u00e8re elle. Le bus arriva imm\u00e9diatement. Elle n&rsquo;eut pas un seul regard pour moi. Son indiff\u00e9rence habituelle me rassura.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l&rsquo;observai pendant la r\u00e9cr\u00e9ation. Mon comportement finissait par ressembler au sien&nbsp;; je m&rsquo;isolais des autres enfants. Elle continuait de m&rsquo;ignorer. Totalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le repas du soir, je pris place \u00e0 mon poste de surveillance et guettai. J&rsquo;\u00e9tais concentr\u00e9 sur mes exercices de math\u00e9matiques, mais une partie de moi \u00e9tait sous l&#8217;emprise de la fugueuse. Elle sortit. J\u2019\u00e9teignis ma lampe, ouvris la fen\u00eatre et m&rsquo;envolai pour une nouvelle excursion nocturne. Je n&rsquo;oubliai pas de prendre mon blouson d&rsquo;aventurier. Ce soir-l\u00e0, les nuages att\u00e9nuaient la clart\u00e9 lunaire. La visibilit\u00e9 \u00e9tait moindre, mais je connaissais le chemin. Il n&rsquo;y avait donc aucun risque que je me perde. J&rsquo;avan\u00e7ais lentement. Le paysage endormi ne m&rsquo;effrayait plus. Je dominais mes peurs et me sentais presque \u00e0 l&rsquo;abri. Un coup de vent soudain r\u00e9veilla les arbres. Leurs branches d\u00e9nud\u00e9es s&rsquo;agit\u00e8rent au-dessus de ma t\u00eate. Elles ressemblaient \u00e0 des bras et leurs rameaux \u00e9taient des mains fourchues. Cette image ne me vint pas par hasard. Elle \u00e9tait pr\u00e9monitoire. Je m&rsquo;engageais sur le sentier \u00e9troit lorsque Ma\u00efder apparut. Elle se tenait debout, droite, fig\u00e9e, face \u00e0 moi. Elle me fixait de ses yeux noirs. Mon c\u0153ur battait la chamade. Mes jambes se d\u00e9rob\u00e8rent et je me retrouvai cul \u00e0 terre. Elle se rapprocha. J&rsquo;\u00e9tais paralys\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu ne sais pas ce que tu fais, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa voix \u00e9tait pos\u00e9e. Elle se rapprocha encore. Je reconnus son odeur, m\u00eame m\u00eal\u00e9e aux autres senteurs v\u00e9g\u00e9tales.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Va-t\u2019en ! ordonna-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me foudroyait du regard. Je ne pouvais plus ouvrir la bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si tu me suis, je vais dispara\u00eetre, ajouta-t-elle. C&rsquo;est ce que tu veux ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je la fixais, t\u00e9tanis\u00e9 par la peur. Nous rest\u00e2mes quelques secondes ainsi, les yeux dans les yeux, moi \u00e0 la redouter, elle \u00e0 scruter mes pens\u00e9es. Puis elle s&rsquo;enfuit. Je me relevai et rentrai chez moi, peu fier.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me r\u00e9veillai au milieu de la nuit. Un peu de sommeil m\u2019avait remis les id\u00e9es en place. Je reconsid\u00e9rai cette histoire avec lucidit\u00e9 et en conclus que ma fascination pour cette fille m\u2019avait retourn\u00e9 le cerveau. J&rsquo;avais fleuret\u00e9 avec la folie et p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 son royaume. Sans aucun doute, elle voulait que je m\u2019y perde. Mon amour se transforma en col\u00e8re et je d\u00e9cidai de me venger. Cette cingl\u00e9e s&rsquo;\u00e9tait fichue de moi et devait encore en rire. Je me rendormis, plein de hargne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain matin, je fus le premier \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de bus. Je faisais les cent pas. Je cherchais mes mots, pr\u00e9parait mes phrases, pr\u00e9voyais tout ce que j&rsquo;allais lui balancer \u00e0 travers la figure. Il fallait qu&rsquo;elle comprenne qu&rsquo;on ne se moquait pas de moi comme \u00e7a. Je restais loin des autres \u00e9coliers. Ma\u00efder arriva enfin. Encore une fois, elle fut \u00e9gale \u00e0 elle-m\u00eame. Distante. Indiff\u00e9rente. Ce qui se d\u00e9roulait autour d\u2019elle ne l\u2019int\u00e9ressait pas. Elle gagna encore. Comment pouvait-elle se comporter de la sorte apr\u00e8s ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9 ? Dans le bus, je m&rsquo;assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle. Je me lan\u00e7ai.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C&rsquo;\u00e9tait bien hier soir ?<\/p>\n\n\n\n<p>Les enfants qui m\u2019avaient entendu braqu\u00e8rent leurs yeux sur nous. Personne, avant moi, ne lui avait adress\u00e9 la parole. Aucun n&rsquo;avait jamais per\u00e7u le son de sa voix, m\u00eame pas en classe. Elle me fixait et pourtant, dans son regard, j\u2019\u00e9tais transparent. Elle tourna la t\u00eate. J&rsquo;insistai.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu n&rsquo;as pas envie de me parler, dis-je, agac\u00e9. Je ne suis pas int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n<p>Les spectateurs tr\u00e8s attentifs attendaient une r\u00e9action de sa part. Elle n\u2019en eut aucune. Apr\u00e8s le repas de midi, je retentai ma chance. Personne ne nous surveillait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J&rsquo;habite \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de chez toi. Je sais o\u00f9 tu vas la nuit. Pourquoi tu fais comme si je n&rsquo;existais pas ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Laisse-moi tranquille&nbsp;! Ne me parle plus&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&rsquo;\u00e9nervai.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pour qui est-ce que tu te prends ?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle serra les poings.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Laisse-moi tranquille ! hurla-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute l&rsquo;\u00e9cole fut t\u00e9moin de cet esclandre. Un long silence s\u2019installa, tr\u00e8s pesant. Je ne savais plus o\u00f9 me mettre. Ma\u00efder trouva refuge dans une salle de classe. Son attitude \u00e9tait insupportable. Elle m\u2019avait ignor\u00e9, rejet\u00e9 et venait de m\u2019humilier devant tous les \u00e9l\u00e8ves. Je d\u00e9cidai de me venger en sabotant ses sorties solitaires. La montagne \u00e9tait \u00e0 tout le monde et elle n&rsquo;avait pas l&rsquo;exclusivit\u00e9 des lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix de son p\u00e8re s&rsquo;\u00e9leva tr\u00e8s fort ce soir-l\u00e0. J&rsquo;\u00e9tais persuad\u00e9 qu&rsquo;elle monterait. Je quittai la table plus t\u00f4t en pr\u00e9textant une fatigue due \u00e0 mon cours de sport. J&#8217;emportai ma lampe de poche, des piles de rechange et mes jumelles, sans oublier mon ins\u00e9parable blouson d\u00e9chir\u00e9. Je devais atteindre avant elle la bergerie. J&rsquo;imaginais sa t\u00eate et sa r\u00e9action en me voyant. Elle serait oblig\u00e9e de s&rsquo;expliquer, de me parler. On ne peut pas ignorer quelqu&rsquo;un qui partage ce genre de secret. L&rsquo;ascension me prit moins d&rsquo;une demi-heure. Arriv\u00e9 devant la b\u00e2tisse en pierre, une angoisse me saisit. J&rsquo;avais compl\u00e8tement oubli\u00e9 le berger. Je n\u2019entendais aucun bruit, ne voyais aucune lumi\u00e8re. Je d\u00e9cidai d&rsquo;entrer. J&rsquo;\u00e9clairai le sol, car je ne souhaitais pas d\u00e9ranger les locataires \u00e0 huit pattes du plafond. J\u2019en faisais abstraction, non sans mal, et m&rsquo;approchai de la table en bois. Plusieurs bougies en partie consum\u00e9es \u00e9taient entass\u00e9es dans une vieille caisse. Un carton \u00e0 dessins, plus grand que ceux qu\u2019on utilisait en art plastique, se trouvait en dessous. Il \u00e9tait \u00e9pais et renfermait de nombreuses esquisses. Je l&rsquo;ouvris. Ce que j&rsquo;y d\u00e9couvris bouleversa ma perception de la for\u00eat et de la fille dont j&rsquo;\u00e9tais amoureux. Je fis d\u00e9filer un \u00e0 un les dessins devant mes yeux jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la peur m\u2019emporte. Je voyais, trac\u00e9s au crayon \u00e0 papier, des formes, des visages, des silhouettes terrifiantes qui s\u2019extirpaient des arbres, de leur \u00e9corce et de leur feuillage, des fleurs et de tout ce que la nature fabriquait de min\u00e9ral et de v\u00e9g\u00e9tal. Ces choses \u00e9taient gigantesques ou aussi petites qu&rsquo;un brin d&rsquo;herbe. Tous les animaux \u00e9taient des monstres. Les parois rocheuses du haut massif avaient des yeux qui vous fixaient et vous d\u00e9fiaient. Des mains noueuses jaillissaient de la terre et attendaient votre passage pour vous entra\u00eener dans les profondeurs. Mais le plus effrayant fut cette cr\u00e9ature qui tenait dans ses bras la fille que je voulais s\u00e9duire. Ses membres \u00e9taient des branches feuillues et bourgeonnantes, longues et sinueuses. Deux pommes noires fl\u00e9tries rempla\u00e7aient ses yeux. Il avait un nez tordu et pointu, une chevelure de houx et une bouche creus\u00e9e dans l\u2019\u00e9corce pourrie. Ce monstre \u00e9tait sans aucun doute le compagnon secret de Ma\u00efder. Il vivait l\u00e0, dehors. Il l&rsquo;attendait. Je ne pris pas le temps de remettre les dessins en place. Je laissai tout sur la table et d\u00e9talai. Les cr\u00e9atures \u00e9taient partout. Elles m&rsquo;observaient, je sentais leur pr\u00e9sence. Je tombai plusieurs fois. Mes v\u00eatements ne me prot\u00e9geaient plus. Ma peau saignait \u00e0 cause des griffures des ronces et des chocs contre les racines et les pierres qui jalonnaient le chemin. Il m&rsquo;\u00e9tait \u00e9gal de croiser ma voisine. C&rsquo;\u00e9tait son ami r\u00e9pugnant que je voulais \u00e0 tout prix \u00e9viter. Lui et toutes ces choses surnaturelles qui pouvaient m\u2019emmener je ne sais o\u00f9. Je retrouvai ma chambre, terrifi\u00e9. Je fermai aussit\u00f4t la fen\u00eatre et tirai les rideaux. Je disparus sous mon lit, haletant comme un fugitif pourchass\u00e9 par la mort. Il me fallut une heure pour recouvrer mes esprits et me d\u00e9shabiller. Tous mes v\u00eatements \u00e9taient ab\u00eem\u00e9s. Je les rangeai dans un coin o\u00f9 ma m\u00e8re ne pourrait pas les d\u00e9nicher. Lorsque je consultai mon r\u00e9veil, il indiquait une heure du matin. J&rsquo;avais d\u00fb perdre connaissance en tombant. Cette nuit, je ne pus trouver le sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, Ma\u00efder n&rsquo;attendait pas le bus. Elle ne vint pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Les autres \u00e9l\u00e8ves m&rsquo;interrog\u00e8rent. Notre altercation \u00e9tait dans leur m\u00e9moire et certains me soup\u00e7onnaient d&rsquo;\u00eatre responsable de son absence. On ne m\u2019avait jamais port\u00e9 autant d\u2019attention. En classe, mes camarades ne cessaient de me lancer des regards accusateurs, mais ils ne m\u2019affectaient pas. Mes pens\u00e9es voyageaient sur les hauteurs hant\u00e9es. On me raconta que le professeur avait eu du mal \u00e0 me sortir de ma torpeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, \u00e0 mon retour, une voiture de gendarmerie \u00e9tait gar\u00e9e devant la ferme. Le voisinage s&rsquo;\u00e9tait rassembl\u00e9 et j&rsquo;appris que Ma\u00efder avait disparu. Ma vision se troubla. Je n\u2019entendais plus rien. Je demeurai seul face \u00e0 la vieille b\u00e2tisse d\u00e9labr\u00e9e. Je sus que je ne le reverrais jamais. Son p\u00e8re resta muet aux questions des gendarmes. Il semblait profond\u00e9ment abattu. Sa m\u00e8re pleurait. Elle pleurait sans s&rsquo;arr\u00eater. Une brigade de recherche arriva quelques minutes plus tard. Des chiens excit\u00e9s accompagnaient les militaires. Ils emprunt\u00e8rent le chemin qui montait \u00e0 la bergerie. Ma m\u00e8re me tenait la main. Elle venait d\u2019apprendre ce que je savais depuis longtemps, que nos voisins laissaient sortir leur fille pendant la nuit et qu\u2019elle se promenait seule dans la montagne. Cette r\u00e9v\u00e9lation lui avait donn\u00e9 des sueurs froides. Mon p\u00e8re ne disait pas grand-chose. Il s&rsquo;interrogeait en silence ou simplement s\u2019en fichait. J&rsquo;\u00e9tais coupable de sa disparition. Elle m&rsquo;avait pr\u00e9venu. Je l&rsquo;avais suivi et j&rsquo;avais d\u00e9couvert son secret. \u00c0 l&rsquo;instant m\u00eame o\u00f9 je fus dans ma chambre, je tirai les rideaux. Je refusais de regarder dehors. La nuit tomb\u00e9e, de profondes angoisses m&rsquo;oblig\u00e8rent \u00e0 r\u00e9veiller mes parents. Je pr\u00e9textai \u00eatre terrifi\u00e9 par cette disparition et ne plus pouvoir rester seul. Ils comprirent et me laiss\u00e8rent dormir avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, tout le monde parlait de Ma\u00efder. Personne ne la connaissait aussi bien que moi. C&rsquo;\u00e9tait ma victime. Un moment, je me laissai convaincre qu&rsquo;elle \u00e9tait r\u00e9ellement folle et qu&rsquo;elle avait fugu\u00e9, qu&rsquo;on la retrouverait bient\u00f4t. Dans les journaux, les reporters pointaient l&rsquo;irresponsabilit\u00e9 des parents. Ces derniers affirmaient bien s&rsquo;occuper de leur enfant et lui c\u00e9der l\u2019espace de libert\u00e9 dont elle avait besoin. Ils se d\u00e9douanaient en mettant en avant ses bons r\u00e9sultats scolaires. La brigade de recherche ne trouva strictement rien dans la bergerie. J&rsquo;appris qu&rsquo;elle appartenait \u00e0 la famille, que Ma\u00efder y \u00e9tait chez elle. J&rsquo;en conclus qu\u2019avec son horrible compagnon ils s&rsquo;y \u00e9taient rendus pour r\u00e9cup\u00e9rer les dessins et les bougies avant de dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, les gendarmes frapp\u00e8rent \u00e0 ma porte. Ils souhaitaient m\u2019interroger. Ils avaient eu vent de mon altercation avec la jeune fille en questionnant les autres enfants. Je leur confiai simplement avoir voulu \u00eatre son ami et que j\u2019avais essuy\u00e9 un violent refus. Cette explication leur suffit. Ma m\u00e8re \u00e9tait perplexe. Elle ne comprenait pas pourquoi je ne lui avais jamais parl\u00e9 de notre voisine. Lorsqu&rsquo;elle d\u00e9couvrit mes v\u00eatements trou\u00e9s et tach\u00e9s de sang et de terre, elle me sermonna. Je crois qu&rsquo;elle avait devin\u00e9 ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9, du moins en partie, mais elle me voyait trop choqu\u00e9 pour me cuisiner. Elle tenta un peu plus tard, grondant que si j\u2019avais quelque chose \u00e0 dire, que si je partageais des secrets avec cette fille, il fallait que je les confesse rapidement. Je r\u00e9v\u00e9lai avoir march\u00e9 sur ses pas, par curiosit\u00e9, l\u2019ayant vu plusieurs fois emprunter la route des sommets, et que je n\u2019\u00e9tais jamais parvenu \u00e0 l\u2019aborder. Elle ne me parla plus jamais de cet \u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tais install\u00e9 dans la chambre d\u2019amis d\u00e8s le lendemain de sa disparition. Je ne voulais plus dormir dans la mienne. Plus tard, les parents de Ma\u00efder d\u00e9m\u00e9nag\u00e8rent. Ils avaient vendu tous leurs biens et oubli\u00e9 le mouton qui se plaisait dans notre jardin. Il me revint. La ferme resta plusieurs mois sans occupant.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque nuit d\u2019orage, je croyais entendre le monstre aux yeux noirs roder pr\u00e8s de la maison. Il profitait du vent et de la pluie pour se rapprocher sans bruit. Je l&rsquo;imaginais, tapi dans l&rsquo;ombre, attendant que j&rsquo;ouvre la fen\u00eatre pour m&rsquo;\u00e9trangler avec ses doigts bruns et tortueux entrem\u00eal\u00e9s de ronces. Je trouvais rarement le sommeil avant minuit et jamais je n&rsquo;\u00e9teignais ma lampe de chevet.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques mois plus tard, un homme, Pierre, vint s&rsquo;installer dans la ferme. C&rsquo;\u00e9tait lui le berger que j&rsquo;avais aper\u00e7u, j\u2019en \u00e9tais certain. Mes parents l&rsquo;aimaient bien. Il \u00e9changeait chaleureusement avec eux, avait toujours une histoire \u00e0 raconter. Moi, je gardais mes distances. Lorsque je croisais son regard, je sentais qu\u2019il me fusillait de reproches. Il acheta une centaine de moutons et proposa plusieurs fois \u00e0 mes parents de m&rsquo;amener avec lui l\u00e0-haut, \u00e0 la bergerie. Je refusais syst\u00e9matiquement, terroris\u00e9. Jamais je n&rsquo;\u00e9tais retourn\u00e9 sur les pentes hant\u00e9es de cette montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Un soir du mois de juin, \u00e0 l&rsquo;approche des vacances scolaires, j&rsquo;oubliai de fermer ma fen\u00eatre. J&rsquo;avais pass\u00e9 l&rsquo;apr\u00e8s-midi et une partie de la soir\u00e9e \u00e0 jouer \u00e0 la pelote. La disparition de Ma\u00efder me tourmentait un peu moins. Par habitude, je laissais quand m\u00eame la lumi\u00e8re allum\u00e9e. Je fus r\u00e9veill\u00e9 par un violent coup de vent qui me caressa froidement la joue. Lorsque j&rsquo;ouvris les yeux, mon c\u0153ur cessa de battre. Aux pieds de mon lit se tenait le monstre de la montagne. Il me regardait, fig\u00e9, pr\u00eat \u00e0 bondir. Ses bras \u00e9taient tendus vers moi. Ses mains de rameaux griffus se rapprochaient de mon cou. Il sentait le bois humide. Des vers et des mille-pattes se promenaient sur la mousse de son visage. Le trou pourrissant de sa bouche changeait lentement de forme. Il parlait, mais je n&rsquo;entendais rien. La sc\u00e8ne me parut durer des heures. Je poussai un cri qui r\u00e9veilla sans doute tout le village. Un cri per\u00e7ant qui le fit partir. Il s\u2019\u00e9loigna et enjamba la fen\u00eatre. Une fois dehors, il se retourna et me jeta un dernier regard. Je crus que ses gros yeux noirs m&rsquo;aspiraient. Lorsque ma m\u00e8re entra, il n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0. Je sautai dans ses bras et demeurai un long moment accroch\u00e9 \u00e0 elle. Elle me parlait pour me rassurer, mais rien n\u2019y faisait. Je ne lui donnai aucune explication, sinon celle d\u2019un cauchemar, et refusai de dormir seul.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, de retour de l&rsquo;\u00e9cole, je croisai Pierre. Sans me regarder, il pronon\u00e7a distinctement ces mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;On a fait un vilain r\u00eave cette nuit&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il continua sa route comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait. Le soir, il me fut impossible de rester dans ma chambre. Le probl\u00e8me se posa aussi les jours suivants. Mes parents m&rsquo;amen\u00e8rent voir un m\u00e9decin qui leur certifia que mes peurs allaient dispara\u00eetre avec le temps. Il fallait que j&rsquo;arr\u00eate d&rsquo;\u00e9couter les histoires de fant\u00f4mes. Mon malaise perdura. En ao\u00fbt, je fis une violente crise d&rsquo;angoisse. Je dormais depuis deux mois dans la chambre de mes parents. Ils prirent la d\u00e9cision de d\u00e9m\u00e9nager.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils trouv\u00e8rent une maison \u00e0 Tardets, pr\u00e8s de mon coll\u00e8ge, \u00e0 moins de vingt kilom\u00e8tres de Saint-Engrace. Il fallait que mon p\u00e8re puisse continuer d&rsquo;exercer \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire du village.<\/p>\n\n\n\n<p>La veille de notre d\u00e9part, je voulus me confronter \u00e0 moi-m\u00eame. Au milieu de la nuit, je d\u00e9cidai de surmonter ma peur. Je me levai et quittai la chambre de mes parents pour retourner quelques instants dans la mienne. J&rsquo;allumai la lumi\u00e8re du couloir, marchai lentement et posai la main sur la poign\u00e9e de la porte. Je faillis abandonner. Je voyais la cr\u00e9ature au centre de la pi\u00e8ce. Je trouvai un peu de courage en me disant que c&rsquo;\u00e9tait ma derni\u00e8re nuit ici. J&rsquo;ouvris d&rsquo;un geste rapide. Je balayai du regard le lieu d\u00e9sert et ne d\u00e9couvris rien d&rsquo;effrayant. Je fis quelques pas. Soudain, un bruit me paralysa. Quelqu&rsquo;un, ou quelque chose, dehors, voulait attirer mon attention. On tapait contre le carreau, cinq coups et une pause br\u00e8ve, plusieurs fois. Des doigts aux extr\u00e9mit\u00e9s dures et pointues, perforants. J&rsquo;imaginais le monstre. Puis le rideau bougea. La fen\u00eatre devait \u00eatre entrouverte, car je vis appara\u00eetre une feuille de papier. Elle tomba au sol. Je n&rsquo;osai m\u2019en approcher. \u00c9tait-ce un pi\u00e8ge&nbsp;? Le roulement des doigts avait cess\u00e9. J&rsquo;attendis quelques minutes que le silence soit install\u00e9 et ramassai le dessin. Il repr\u00e9sentait avec exactitude la sc\u00e8ne de la cr\u00e9ature me guettant, immobile, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de mon lit. Je reconnus le style de l\u2019artiste&nbsp;: c\u2019\u00e9tait Ma\u00efder. Je laissai l&rsquo;\u0153uvre terrifiante dans la chambre et retournai aupr\u00e8s de mes parents. Le lendemain, je la rangeai dans mes cartons et quittai cette maison pour toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>En y repensant, je me souviens avoir vers\u00e9 quelques larmes pour notre mouton. Nous ne pouvions pas l&#8217;emmener dans notre nouvelle r\u00e9sidence. Mon p\u00e8re l\u2019avait offert \u00e0 Pierre. L&rsquo;animal semblait heureux avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p>* * *<\/p>\n\n\n\n<p>Je vis toujours \u00e0 Tardets. Je suis mari\u00e9 et p\u00e8re d&rsquo;un petit gar\u00e7on. En vingt ans, je n&rsquo;ai jamais remis les pieds \u00e0 Saint-Engrace. Les montagnes m&rsquo;effraient. On s\u2019y prom\u00e8ne parfois en famille, mais j&rsquo;\u00e9vite les balades en fin de journ\u00e9e. Rien que d&rsquo;imaginer ce chemin o\u00f9 je m&rsquo;aventurais seul, cette bergerie abandonn\u00e9e, ce massif inaccessible, tous ces lieux maudits, j&rsquo;en ai des frissons.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin, \u00e0 la lecture du journal, je suis tomb\u00e9 sur l&rsquo;article qui a r\u00e9veill\u00e9 ces horribles souvenirs. Des restes de ce qui semble \u00eatre une jeune personne ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s la semaine derni\u00e8re, lors de travaux de construction. Les r\u00e9sultats des analyses para\u00eetront demain. Il est trois heures du matin et je suis assis derri\u00e8re mon bureau, \u00e0 r\u00e9diger ce courrier qui fera peut-\u00eatre de moi un suspect, voire un coupable dans cette affaire de d\u00e9couverte macabre. Ma\u00efder est morte par ma faute et je n&rsquo;ai rien voulu dire aux gendarmes. Si les preuves sont faites qu&rsquo;il s&rsquo;agit bien de son corps, je ne pourrai plus me cacher. Je me livrerai aux esprits de la montagne et leur abandonnerai mon \u00e2me. Je regarde le dessin qu&rsquo;elle m&rsquo;a offert. Je suis pr\u00eat, maintenant, \u00e0 retrouver la cr\u00e9ature qui a hant\u00e9 mes nuits et \u00e0 m&rsquo;expliquer avec elle. Elle ne me fait plus peur, je suis adulte.<\/p>\n\n\n\n<p>Je range ce courrier dans un tiroir et rejoins ma femme dans notre lit. Au passage, je jette un \u0153il inquiet sur mon fils qui dort paisiblement. Mon p\u00e8re ne s\u2019est jamais souci\u00e9 de moi. Il me croyait dur et je devais l\u2019\u00eatre. sans nul doute, je l\u2019ai d\u00e9\u00e7u. Peut-\u00eatre que mon enfant vit lui aussi des moments difficiles, loin de mes pr\u00e9occupations d\u2019adulte. Je suis un \u00e9tranger. Heureusement qu&rsquo;il a sa m\u00e8re. En m&rsquo;allongeant pr\u00e8s d&rsquo;elle, je r\u00e9alise mon bonheur. Je ne suis pas seul. De vieux d\u00e9mons tentent de ressusciter mes angoisses, mais j&rsquo;ai quelqu&rsquo;un \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Ma femme me prot\u00e8ge. Je m&rsquo;endors paisiblement.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre heures plus tard, je r\u00e9veille mon fils qui doit aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole. Je le regarde. Ma compagne nous rejoint. Dehors, la ville s&rsquo;\u00e9veille. Le vacarme des voitures remplace le silence troublant de la nuit. Cette vie autour de moi me fait prendre conscience de ma b\u00eatise. J\u2019ai replong\u00e9 dans cette histoire fantasque pour m\u2019y perdre. Je me fais la promesse de parler \u00e0 mon fils pour lui montrer que je tiens \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Je consulte le journal et apprends que les ossements retrouv\u00e9s datent du d\u00e9but du si\u00e8cle. Je suis soulag\u00e9. Pour f\u00eater la nouvelle, je d\u00e9cide de passer la fin de la journ\u00e9e avec les autres commer\u00e7ants du quartier. Je ferme la librairie \u00e0 dix-huit heures trente et rejoins mes amis avant le souper familial. J&rsquo;oublie l&rsquo;heure, une fois de plus, et lorsque je rentre chez moi, mon \u00e9pouse et mon fils d\u00eenent, rient et discutent. Tant pis, je lui parlerai demain. Je demande un peu de tendresse \u00e0 ma femme, mais elle me repousse. Elle n\u2019aime pas mon euphorie quand j\u2019ai trop bu. Elle se trompe&nbsp;; je suis simplement heureux de n\u2019\u00eatre pas coupable. Je m&rsquo;endors vite. Au milieu de la nuit, un hurlement m&rsquo;arrache au sommeil. C&rsquo;est mon fils. Je me pr\u00e9cipite dans sa chambre. J&rsquo;ouvre la porte, allume la lumi\u00e8re et le trouve assis sur son oreiller. Il respire rapidement, quelque chose l\u2019a effray\u00e9. Ses yeux sont grand ouverts. Je m&rsquo;assois pr\u00e8s de lui. Mes paroles le r\u00e9confortent. Il se calme et me raconte son cauchemar&nbsp;: il jouait \u00e0 cache-cache dans un champ de ma\u00efs avec ses amis quand soudain il r\u00e9alise qu\u2019ils ont disparu. Il se met \u00e0 courir, le champ est immense et les tiges de ma\u00efs sont tr\u00e8s hautes et difficiles \u00e0 \u00e9carter. C\u2019est sans issue. La menace se rapproche. Il se r\u00e9veille dans son lit et un \u00e9pouvantail entre par la fen\u00eatre. Le monstre de paille lui dit qu&rsquo;il est son prisonnier, qu&rsquo;il doit partir avec lui. Il le tire par les pieds. Je le regarde, rassurant, paternel. Il s&rsquo;est confi\u00e9 comme jamais je n&rsquo;ai eu le courage de le faire. Il retrouve son calme. Il veut se rendormir, seul. Il est plus fort que moi. Avant de me coucher, je passe par mon bureau pour d\u00e9truire ce courrier absurde et jeter ce dessin. J&rsquo;h\u00e9site. Je ne peux pas. Je me suis construit avec. Je repense \u00e0 mon fils. Demain, je le conduirai sur mon chemin, lui ferai visiter la bergerie et lui montrerai le massif que je n&rsquo;ai pas r\u00e9ussi \u00e0 affronter. Je suis pr\u00eat.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Prim\u00e9 en 2007 Il est difficile de revenir sur un \u00e9v\u00e9nement tragique qui a marqu\u00e9 votre enfance. 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