{"id":230,"date":"2024-03-11T11:01:28","date_gmt":"2024-03-11T10:01:28","guid":{"rendered":"https:\/\/zabal.net\/?p=230"},"modified":"2024-03-11T11:01:30","modified_gmt":"2024-03-11T10:01:30","slug":"lindispensable-la-bas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/2024\/03\/11\/lindispensable-la-bas\/","title":{"rendered":"L&rsquo;indispensable l\u00e0-bas"},"content":{"rendered":"\n<p>Il en paraissait, des voyageurs, sur les pentes de la cit\u00e9 Ote. Humains, andro\u00efdes, nains, g\u00e9ants, orques et autres bip\u00e8des valides ou infirmes, beaux ou monstrueux, qui avaient leurs besoins et leurs d\u00e9sirs. Ils enduraient chez eux la douleur de la frustration et traversaient les portes noires pour rejoindre depuis leur monde archa\u00efque, moderne, fantastique, futur, d\u00e9vast\u00e9 ou \u00e9volu\u00e9, l\u2019\u00c9den c\u00e9leste.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun arpentait seul \u2013 comme on chemine dans son jardin secret \u2013 les routes pierreuses du gros caillou astral suspendu \u00e0 la crois\u00e9e des dimensions de l\u2019espace et du temps. La lumi\u00e8re d\u2019un soleil invisible l\u2019\u00e9clairait en permanence. Les intemp\u00e9ries en avaient \u00e9t\u00e9 bannies. La terre d\u00e9sertique, de roche jaune, \u00e9tait cern\u00e9e par le vide. Sur les hauteurs s\u2019\u00e9levait une cit\u00e9 fortifi\u00e9e dont l\u2019effervescence s\u2019\u00e9tait myst\u00e9rieusement interrompue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;On ne rentre plus, c\u2019est fini, pr\u00e9vint un marin en chemise bleue, d\u00e9pit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne mentait pas, mais les voyageurs refusaient d\u2019y croire. Ils voulaient le constater par eux-m\u00eames. Arthuis, un chevalier de la rose, marchait derri\u00e8re AD-Obrez, une andro\u00efde d\u2019assistance domestique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce qui a pu se passer&nbsp;? demanda Arthuis \u00e0 celle qui le devan\u00e7ait.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9changes \u00e9taient inhabituels aux abords de la cit\u00e9. On y croisait rarement une connaissance et la pudeur r\u00e9fr\u00e9nait la cordialit\u00e9. AD-Obrez se retourna. Elle sourit \u00e0 l\u2019homme m\u00fbr qui l\u2019avait interpell\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne sais pas. J\u2019esp\u00e8re que c\u2019est temporaire, r\u00e9pondit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur les terres d\u2019Ansalon du chevalier, les femmes ne portaient pas le pantalon. Celui d\u2019AD-Obrez \u00e9tait sobre et \u00e9l\u00e9gant, noir, l\u00e9ger. Le tissu blanc de sa chemise \u00e9tait si fin qu\u2019il laissait transpara\u00eetre sa poitrine. Un carr\u00e9 brun taill\u00e9 au millim\u00e8tre sublimait son joli minois. Ses yeux noisette \u00e9taient lumineux, son regard p\u00e9tillant. Nulle part ailleurs que sur le rocher le chevalier ne croisait de personnes si distingu\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je l\u2019esp\u00e8re aussi, dit Arthuis. Je ne suis jamais reparti insatisfait et ma d\u00e9ception serait immense. La v\u00f4tre aussi, j\u2019imagine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019aime la tendresse et les caresses de Lisa. Je reste dans ses bras jusqu\u2019au r\u00e9veil.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle parlait sans retenue. Arthuis ne se confesserait jamais. Son secret \u00e9tait inavouable. La peau burin\u00e9e et h\u00e2l\u00e9e de son visage, celle rugueuse de ses mains, \u00e9corch\u00e9e de ses pieds nus, disaient son \u00e2ge et ses tourments que laissait \u00e9galement deviner son regard triste. Puissant, imposant, il marchait sans souffrir du poids de son armure de plaques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous venez souvent&nbsp;? demanda le chevalier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Chaque nuit en g\u00e9n\u00e9ral, sauf si l\u2019on me met \u00e0 la corv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019aimerais jouir d\u2019une telle r\u00e9gularit\u00e9. Je dors peu et le sommeil m\u2019apporte rarement satisfaction. Mais lorsque j\u2019arrive ici, je ne veux plus en repartir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vous comprends.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si l\u2019on ne peut pas entrer, le coup sera dur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Nous n\u2019en sommes pas l\u00e0, r\u00e9pondit affablement AD-Obrez.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se rapprochaient de l\u2019enceinte et remarqu\u00e8rent que l\u2019arche d\u2019acc\u00e8s avait \u00e9t\u00e9 mur\u00e9e. Un travail colossal. D\u2019autres voyageurs les rejoignirent. Ils avaient emprunt\u00e9 diff\u00e9rents chemins et les inform\u00e8rent que tous les passages \u00e9taient condamn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est une mal\u00e9diction&nbsp;! s\u2019exclama Arthuis. Essayons par-dessus&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vous le d\u00e9conseille, lan\u00e7a un soldat de la Grande Guerre. Un petit homme aux pieds velus s\u2019y est risqu\u00e9 et un rayon de lumi\u00e8re l\u2019a frapp\u00e9, tir\u00e9 depuis un engin volant. Il n\u2019a pas surv\u00e9cu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce qui se passe aujourd\u2019hui&nbsp;? s\u2019aga\u00e7a le chevalier. Pourquoi ces chamboulements&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Devant lui, le militaire dans son uniforme bleu horizon bouillonnait de rage. Son visage \u00e9tait crisp\u00e9 et des larmes de d\u00e9sespoir remplissaient ses yeux. AD-Obrez ressentait son malheur et la col\u00e8re qui lui ali\u00e9nait l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il doit y avoir une explication et quelqu\u2019un pour nous la donner, dit-elle. Tout va s\u2019arranger.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ne croyez pas \u00e7a&nbsp;! gronda le fantassin. Demandez-lui&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9signait une jeune personne \u00e9l\u00e9gante, aux traits si fins qu\u2019il \u00e9tait impossible de la genrer. Elle portait une culotte courte et des bas blancs, une chemise \u00e0 jabot et une veste en velours fonc\u00e9. Iel s\u2019appelait Jean et baissait les yeux. Les longs cheveux fris\u00e9s de sa perruque tombaient sur ses \u00e9paules \u00e9troites.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai fait le tour, je marche depuis des heures, d\u00e9clara-t-iel. Ces choses toute en fer m\u2019ont pr\u00e9venu que plus jamais nous n\u2019irons. Les religieux ont d\u00e9couvert le rocher et le contr\u00f4lent.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean \u00e9tait \u00e9puis\u00e9 et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Sa voix \u00e9tait lasse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Quelles choses en fer, quels religieux&nbsp;? s\u2019emporta le chevalier. Je veux m\u2019entretenir avec eux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Les choses en fer sont sans doute des robots, r\u00e9pondit AD-Obrez. Indestructibles et incorruptibles. Quant aux religieux, leur soif d\u2019oppression les a conduits jusqu\u2019\u00e0 notre pr\u00e9cieux sanctuaire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pas ici, non&nbsp;! fulmina Arthuis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je d\u00e9teste les gens d\u2019\u00c9glise, cracha le soldat. Ils sont pires que nos magnats&nbsp;; l\u2019argent ne les arr\u00eate pas, ils veulent gouverner nos \u00e2mes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Nous sommes des proies faciles, r\u00e9pliqua m\u00e9lancoliquement Jean.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Trouvons ces missionnaires&nbsp;! ordonna le chevalier.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9p\u00e9e longue au c\u00f4t\u00e9, il appelait aux repr\u00e9sailles. Pour la premi\u00e8re fois sur le rocher, des pens\u00e9es criminelles s\u2019\u00e9veillaient. Le soldat de la Grande Guerre \u00e9tait apparu sans son Lebel, car contrairement \u00e0 l\u2019homme sous les plates, son arme n\u2019\u00e9tait pas constitutive de son identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Les patrouilleurs en fer sauront vous conduire, dit Jean.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;O\u00f9 se cachent-ils&nbsp;? demanda Arthuis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je sais comment les faire venir, r\u00e9pondit l\u2019\u00e9l\u00e9gant. Prends-moi dans tes bras&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le chevalier \u00e9tait confus. Jean l\u2019enla\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ils ne le tol\u00e8reront pas, dit-iel. C\u2019est pour nous emp\u00eacher qu\u2019ils sont venus.<\/p>\n\n\n\n<p>Arthuis le serra \u00e0 son tour. Tous les deux se r\u00eavaient au contact d\u2019un autre et les robots intervinrent. Six machines cylindriques avec des membres sup\u00e9rieurs et inf\u00e9rieurs tubulaires et une t\u00eate en forme d\u2019entonnoir les matraqu\u00e8rent pour qu\u2019ils se s\u00e9parent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Honte \u00e0 vous&nbsp;! D\u00e9prav\u00e9s&nbsp;! Mis\u00e9rables&nbsp;! r\u00e9p\u00e9taient-ils.<\/p>\n\n\n\n<p>Leurs voix m\u00e9talliques et monocordes effrayaient moins que les coups port\u00e9s avec d\u00e9termination. Les contrevenants mirent fin \u00e0 leur \u00e9treinte avant que le ch\u00e2timent ne devienne plus s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qui vous commande&nbsp;? interrogea le chevalier.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait indemne&nbsp;; son armure l\u2019avait prot\u00e9g\u00e9. Jean \u00e9tait \u00e0 terre et AD-Obrez agenouill\u00e9 \u00e0 son c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Les pr\u00eatres d\u2019argent, r\u00e9pondit un robot.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Conduis-nous \u00e0 eux&nbsp;! le pressa Arthuis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ob\u00e9is ou p\u00e9ris&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il mit sa lame au clair.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Laissez-moi faire&nbsp;! ordonna l\u2019andro\u00efde. Vous perdrez. Ceux-l\u00e0 sont de chez moi, mais ne sont pas bien malins.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ravale tes paroles, souillon m\u00e9nag\u00e8re&nbsp;! gronda un robot.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses yeux ronds comme des boutons brillaient d\u2019un rouge intense. Sa voix provenait d\u2019une grille viss\u00e9e en dessous. AD-Obrez se redressa et demeura le regard fixe. Elle communiquait avec eux par t\u00e9l\u00e9pathie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Suivez-nous&nbsp;! dit soudainement la sentinelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux de ses subalternes d\u2019acier s\u2019empar\u00e8rent de Jean. L\u2019andro\u00efde \u00e9tait parvenue \u00e0 leur imposer sa volont\u00e9. Ils arriv\u00e8rent devant une grotte que les voyageurs n\u2019avaient jamais remarqu\u00e9e lors de leurs pr\u00e9c\u00e9dents d\u00e9placements. Ils entr\u00e8rent et trouv\u00e8rent rassembl\u00e9s autour d\u2019un feu trois hommes aux longs cheveux blancs qui portaient une combinaison d\u2019argent \u00e9l\u00e9gante.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Comment avez-vous r\u00e9ussi\u2026&nbsp;? demanda un pr\u00eatre, surpris.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Elle vient de chez nous, r\u00e9pondit son condisciple.<\/p>\n\n\n\n<p>Les religieux se ressemblaient, n\u2019\u00e9taient pas fr\u00e8res, mais partageaient le m\u00eame patrimoine g\u00e9n\u00e9tique. Les traits durs de leur visage \u00e9maci\u00e9 \u00e0 la peau diaphane refl\u00e9taient leur asc\u00e9tisme. Derri\u00e8re eux, un vieillard apathique \u00e9tait enferm\u00e9 nu dans une cage. Il avait les deux sexes. Le chevalier ressentit imm\u00e9diatement de l\u2019affection pour lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Quelle mal\u00e9diction \u00eates-vous venus r\u00e9pandre&nbsp;? demanda Arthuis aux eccl\u00e9siastiques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Nous purifions ces \u00e9curies de d\u00e9bauche.<\/p>\n\n\n\n<p>Un pr\u00eatre se rapprochait d\u2019AD-Obrez.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Comment peux-tu \u00eatre ici, toi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ils m\u2019ont conscientis\u00e9e pour satisfaire leurs d\u00e9sirs. Que vous surprenez-vous que j\u2019en aie \u00e0 mon tour&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il faudra revoir la programmation de ce mod\u00e8le. \u00c0 moins qu\u2019ils n\u2019aient cherch\u00e9 volontairement \u00e0 la faire entrer dans ce paradis impur. Nous interrogerons la soci\u00e9t\u00e9 qui t\u2019a construite. Qui est-elle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ne suis-je pas libre d\u2019agir ici comme il me pla\u00eet et de r\u00e9pondre \u00e0 vos questions si j\u2019en ai envie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il colla sur son front le canon de son gros pistolet et tira. Un rayon d\u2019\u00e9nergie blanche lui traversa le cr\u00e2ne et elle disparut.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Nous te retrouverons, puterelle, dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qui \u00eates-vous, chiabrenas&nbsp;? s\u2019exclama le chevalier avec virulence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;De quoi nous traitre-t-il, ce p\u00e9d\u00e9raste en plates&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Arthuis saisit la poign\u00e9e de son \u00e9p\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;De chiures de merde&nbsp;! r\u00e9v\u00e9la celui qui avait fait feu, mieux instruit que ses camarades sur le lexique des insultes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il dirigea son arme vers le combattant qui d\u00e9gaina.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu veux savoir qui nous sommes&nbsp;? dit avec orgueil le bourreau. Votre futur&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le chevalier devinait qu\u2019il ne viendrait jamais \u00e0 bout de cet adversaire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Rien ne changera jamais, murmura Jean, \u00e0 bout de force.<\/p>\n\n\n\n<p>Iel \u00e9tait allong\u00e9 sur le sol froid de la grotte et fixait les torches qui brillaient d\u2019une lumi\u00e8re puissante, sans flamme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Toujours les m\u00eames souffrances, ajouta Jean. Il n\u2019y a plus d\u2019espoir s\u2019ils nous interdisent aussi de r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est incroyable qu\u2019ils investissent nos pens\u00e9es, d\u00e9clara le soldat arriv\u00e9 du front. Pour la premi\u00e8re fois, mon voyage se transforme en cauchemar. Fichez le camp, je ne sais pas si je pourrai revenir&nbsp;! Laissez-moi profiter de\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ne l\u2019autoris\u00e8rent pas \u00e0 exprimer son souhait. Le d\u00e9couvrir les r\u00e9pugnait. Un faisceau d\u2019\u00e9nergie le ramena dans l\u2019enfer des tranch\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Chaque fois que vous reviendrez, vous nous trouverez, dit un pr\u00eatre. Cet endroit n\u2019est plus le v\u00f4tre. Soignez-vous, priez et employez-vous \u00e0 combattre vos attirances funestes. Comportez-vous dignement&nbsp;! Votre ch\u00e2timent apr\u00e8s la mort en sera moins s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019adviendra-t-il de ceux qui ne se sentent nulle part \u00e0 leur place&nbsp;? murmura Jean.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses l\u00e8vres remuaient \u00e0 peine. \u00c0 l\u2019effondrement physique se greffait l\u2019abattement moral.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si nous leur enlevons l\u2019espoir, ils ne seront plus tent\u00e9s d\u2019emprunter de mauvais chemins.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ils en mourront. Vous ne comprenez pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si les rats doivent rester des rats, alors il faut les exterminer, sinon leurs maladies continueront d\u2019infecter les bien-portants.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tuez-moi&nbsp;! Ici et l\u00e0-bas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non&nbsp;! s\u2019emporta le chevalier.<\/p>\n\n\n\n<p>Il rengaina son arme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Puisqu\u2019aucune victoire n\u2019est possible en ces terres, nous devrons lutter chez nous, nous faire entendre, ne plus avoir peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois pr\u00eatres rirent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il a chevauch\u00e9 avec nos dignes a\u00efeux qui n\u2019ont rien vu de son vice, dit l\u2019un d\u2019eux. Il doit payer double. Qu\u2019il parte&nbsp;! Qu\u2019il parle&nbsp;! Il sera vite ch\u00e2ti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ne les \u00e9coute pas, tu as raison&nbsp;! dit d\u2019une voix faible, mais assur\u00e9e, le vieillard dans sa cage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qui \u00eates-vous&nbsp;? demanda Arthuis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Celui qui a fa\u00e7onn\u00e9 ce lieu, pour vous.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00eatre aux deux sexes avait la peau brune, rid\u00e9e de la t\u00eate aux pieds. Son corps fam\u00e9lique \u00e9tait sans muscles, sans pilosit\u00e9. Son cr\u00e2ne chauve, ses petites oreilles, son nez \u00e0 peine apparent et sa bouche ronde aux l\u00e8vres fines s\u2019effa\u00e7aient derri\u00e8re la puissance de son regard. Les flammes de l\u2019envie brillaient dans ses yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qui aurait cru qu\u2019un seul d\u00e9mon \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u0153uvre ici&nbsp;? d\u00e9clara d\u2019un ton sardonique un pr\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Un d\u00e9mon d\u2019humanit\u00e9, r\u00e9pondit l\u2019accus\u00e9. Vous \u00eates les anges de la cruaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois religieux dans leur combinaison d\u2019argent souriaient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;N\u2019avez-vous personne pour vous d\u00e9fendre&nbsp;? demanda Arthuis au d\u00e9tenu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous tous, mais vous n\u2019avez pas r\u00e9ussi \u00e0 les arr\u00eater. Ne vivez plus cach\u00e9s&nbsp;! Il faut vaincre partout et tout le temps pour les faire dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est trop dur, d\u00e9clara Jean. La mort nous attend. Au moins ici, nous \u00e9tions en s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ces combats ne se m\u00e8nent pas sans perte, affirma le vieillard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tous sont d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 perdus, avan\u00e7a un pr\u00eatre avec arrogance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous savez que c\u2019est faux, r\u00e9pliqua le prisonnier. C\u2019est parce que vous avez peur que vous d\u00e9truisez tout.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tais-toi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois d\u00e9fenseurs de la morale point\u00e8rent sur lui leurs armes et tir\u00e8rent, mais les rayons d\u2019\u00e9nergie qui le traversaient ne lui faisaient aucun mal. Le dieu du d\u00e9sir \u00e9tait immortel. Tant que battrait le c\u0153ur de l\u2019humanit\u00e9, il r\u00e8gnerait. Les pr\u00eatres en \u00e9taient aussi les esclaves et ils l\u2019avaient enferm\u00e9 pour s\u2019en prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ce combat sera le mien, affirma Arthuis. Je ne me cacherai plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne pourrai pas, pleura Jean. Pas moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Iel pr\u00e9f\u00e9rait mourir. Le paysan qui se r\u00eavait aristocrate ne souhaitait pas se r\u00e9veiller dans un monde cadenass\u00e9 par la morale, sans porte de sortie qu\u2019il ne faille forcer sans risquer sa vie. Le chevalier se rapprocha du vieillard. Ses oppresseurs, amus\u00e9s, lui laiss\u00e8rent la voie libre. Arthuis mit un genou \u00e0 terre et fit serment d\u2019all\u00e9geance au divin qui d\u00e9sormais avait un visage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vaincrai aussi cette peur-l\u00e0, affirma-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois eccl\u00e9siastiques jou\u00e8rent de leur rayon blanc pour le faire dispara\u00eetre. Le chevalier de la rose fut de retour en Solamnie. Sur sa paillasse, son envie de se battre n\u2019avait pas diminu\u00e9. Il pr\u00e9parait l\u2019offensive.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;La honte le rattrapera, dit un pr\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;La culpabilit\u00e9 le mus\u00e8lera, ajouta un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;La religion vaincra, conclut le troisi\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vieillard, malgr\u00e9 sa condition, souriait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il en suffira d\u2019un, mena\u00e7a-t-il. Ce n\u2019est plus qu\u2019une question de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Et d\u00e9j\u00e0 les pontifes, plein d\u2019effroi, constataient que leur \u00e9clat faiblissait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il en paraissait, des voyageurs, sur les pentes de la cit\u00e9 Ote. 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