{"id":20,"date":"2022-02-08T18:01:00","date_gmt":"2022-02-08T17:01:00","guid":{"rendered":"https:\/\/zabal.net\/?p=20"},"modified":"2025-05-01T16:46:36","modified_gmt":"2025-05-01T14:46:36","slug":"20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/2022\/02\/08\/20\/","title":{"rendered":"Le comte d&rsquo;Aubigny, chronique d&rsquo;une renaissance mordante"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans son manoir, le comte d\u2019Aubigny, d\u00e9laiss\u00e9 par sa femme, attend la mort. Vampire maudit, il a tir\u00e9 un trait sur ses r\u00eaves de grandeur et coule des jours sombres avec son fid\u00e8le serviteur, le hideux Finono. Ce dernier lui pr\u00e9pare une surprise pour son quaranti\u00e8me anniversaire : il a invit\u00e9 ses anciens compagnons d\u2019aventures. Les retrouvailles sont festives et la joie du comte rena\u00eet lorsque son meilleur ami, le seigneur Deguy de Guignat, tr\u00e8s rajeuni, le lance sur la piste de Jouvence. Et si la vie recommen\u00e7ait en mieux ? L&rsquo;audace paye et de succ\u00e8s maladroits en r\u00e9ussites p\u00e9rilleuses, d&rsquo;Aubigny chamboule l&rsquo;\u00e9quilibre du monde et devient la cible de tous les bien lotis menac\u00e9s par l&rsquo;ascension fulgurante d&rsquo;un mort-vivant bien trop p\u00e9tulant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>Chapitre 1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>Quand l&rsquo;id\u00e9e s&rsquo;est envol\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le comte d\u2019Aubigny, dans son manoir humide et froid, \u00e9grainait tristement le chapelet de ses souvenirs. L\u2019ancien aventurier, h\u00e9ritier d\u2019un domaine d\u00e9sert\u00e9 par les hommes, vivait loin des vicissitudes du monde depuis presque dix ans. Ses journ\u00e9es sans saveur et ses nuits sans sommeil se ressemblaient toutes. Il ne recevait aucune visite et sa femme, qui l\u2019avait depuis longtemps pris en grippe, avait fichu le camp. Sans le d\u00e9vouement de son fid\u00e8le serviteur Finono, il aurait laiss\u00e9 l\u2019amertume le d\u00e9vorer et la mort l\u2019enterrer dans son cercueil de pierre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ma\u00eetre&nbsp;! hurla la brave b\u00e9quille depuis la cuisine. N\u2019est-il pas bient\u00f4t date de votre anniversaire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le comte, tapi dans sa chambre, resta muet. Il allait f\u00eater ses quarante ans. Il se leva avec difficult\u00e9 et regarda par la fen\u00eatre. La v\u00e9g\u00e9tation avait envahi la cour. Les rats y pullulaient et nettoyaient les cadavres d\u2019animaux qu\u2019il leur abandonnait apr\u00e8s les avoir vid\u00e9s de leur sang. Depuis le d\u00e9part de son \u00e9pouse, il ne pouvait compter que sur lui-m\u00eame et son homme de confiance pour se restaurer et faire le m\u00e9nage. C\u2019est dire s\u2019il s\u2019alimentait mal et d\u00e9p\u00e9rissait dans une insalubrit\u00e9 permanente. \u00ab\u00a0Quarante ans&#8230; pensa-t-il. Je suis le seul vampire \u00e0 \u00eatre vieux \u00e0 quarante ans.\u00a0\u00bb Ce constat amer lui remit en m\u00e9moire l\u2019\u00e9v\u00e9nement tragique de sa vingt-neuvi\u00e8me ann\u00e9e. Planteur de crocs encore f\u00e9brile, il n\u2019avait pas r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9fr\u00e9ner une pulsion et s\u2019\u00e9tait jet\u00e9 sur une berg\u00e8re d\u00e9vote. Maudit depuis cette attaque, il devait se d\u00e9catir plus vite que ses fr\u00e8res au sang froid. Chaque lever de soleil le faisait vieillir d&rsquo;un an. Il avait le m\u00e9tabolisme d\u2019un vampire mill\u00e9naire, un croulant que la mort avait oubli\u00e9 et qui allait bient\u00f4t tomber en poussi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que me pr\u00e9pareras-tu pour mon dernier anniversaire&nbsp;? demanda le comte \u00e0 son serviteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vampire avait une boule dans le ventre. Il observait le pieu qui se dressait sous sa fen\u00eatre. Il pensait souvent s\u2019y empaler pour abr\u00e9ger sa d\u00e9ch\u00e9ance. Il retourna s\u2019asseoir, le pas h\u00e9sitant et le geste douloureux, tel un pantin de fer aux articulations rouill\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Chassez ces mauvaises id\u00e9es&nbsp;! r\u00e9pliqua le valet. Votre existence sera longue et je veux mourir avant vous.<\/p>\n\n\n\n<p>Finono ne concevait pas son avenir sans son ma\u00eetre. Qui serait assez bon pour le prendre \u00e0 son service, un monstre comme lui, bossu et difforme\u00a0? Il avait eu la m\u00e2choire broy\u00e9e par un fl\u00e9au d\u2019armes gobelin et s\u2019exprimait \u00e0 l\u2019aide d\u2019un porte-voix plant\u00e9 dans la trach\u00e9e. Il d\u00e9finissait \u00e0 lui seul le sens du mot laideur. Dans une cage de la cuisine vivait le seul animal qui n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9serv\u00e9 aux repas du comte\u00a0: Cricro, un grand corbeau \u00e0 qui l\u2019on avait clou\u00e9 le bec, ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment cercl\u00e9 le bec avec un clou, car en vieillissant, il avait tendance \u00e0 l\u2019ouvrir sans cesse et \u00e0 agacer ses logeurs. L\u2019oiseau avait \u00e9t\u00e9 offert par le seigneur Deguy de Guignat, fid\u00e8le compagnon d\u2019aventure du comte, pour servir de messager en cas de besoin. Finono avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9dig\u00e9 une missive qu\u2019il fixa \u00e0 la patte de l\u2019oiseau. Il pr\u00e9parait une surprise colossale pour l\u2019anniversaire de d\u2019Aubigny, un banquet pour des retrouvailles inoubliables. Dans un \u00e9lan de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, le domestique lib\u00e9ra de son clou le corbeau malheureux qui n\u2019avait pas parl\u00e9 depuis un an. Apr\u00e8s avoir ass\u00e9n\u00e9 un coup de bec \u00e0 Finono, il s\u2019envola et croassa une multitude d\u2019insultes rumin\u00e9es pr\u00e9alablement en silence. Il remercia son ge\u00f4lier d\u2019un dernier \u00ab\u00a0Va te faire mettre, je ne ferai rien de ce que tu m\u2019as demand\u00e9 !\u00a0\u00bb avant de dispara\u00eetre. Il n\u2019avait pourtant pas le choix de d\u00e9sob\u00e9ir. Un sortil\u00e8ge l\u2019en emp\u00eachait. Il vola jusqu\u2019au domaine de son ma\u00eetre et retrouva, quelque peu chang\u00e9, le seigneur Deguy de Guignat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>Pr\u00e9paratifs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Finono avait demand\u00e9 aux invit\u00e9s d\u2019arriver juste apr\u00e8s la nouvelle lune, p\u00e9riode durant laquelle le comte d\u00e9sertait son manoir pour une chasse sur ses terres. Il n\u2019allait pas bien loin, arpentait toujours les m\u00eames sentiers, mais cette distraction avivait cette petite flamme qui le maintenait en vie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si je ne reviens pas, dit le comte \u00e0 Finono, je te laisse tout. Si ma femme refait surface, dis-lui que j\u2019ai retrouv\u00e9 ma jeunesse avec une danseuse du cabaret des Chattes sauvages&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il radotait les m\u00eames \u00e2neries chaque fois qu\u2019il s\u2019en allait. Le vampire disparut dans la p\u00e9nombre \u00e9ternelle de son domaine avec une canne qui valait de l\u2019or. Comme la force et l\u2019endurance lui manquaient, il s\u2019aidait de son b\u00e2ton de puissance pour marcher et tuer tout ce qui volait, courait ou rampait. \u00c0 l\u2019occasion, il surveillait si un indigent ne s\u2019\u00e9tait pas install\u00e9 sur ses terres sans son autorisation, et si sa femme, qu\u2019il n\u2019avait pas revue depuis six mois, n\u2019avait pas r\u00e9investi la ferme d\u2019\u00e9levage. Les animaux qui y coulaient des jours paisibles \u00e9taient \u00e9pargn\u00e9s par son app\u00e9tit, car il craignait que sa douce, tellement amoureuse de ses b\u00eates, n\u2019ait fini par leur ressembler. Il s\u2019en serait voulu de la d\u00e9vorer comme du vulgaire b\u00e9tail.<\/p>\n\n\n\n<p>Au manoir, Finono pr\u00e9parait la salle des f\u00eates. Il soulevait tellement de poussi\u00e8re qu\u2019il obstrua son cornet \u00e0 voix et manqua de s\u2019\u00e9touffer lorsqu\u2019il gonfla ses poumons pour pousser une chansonnette de son cru. Il cracha une pelote de poussi\u00e8re assassine et se concentra. Ses l\u00e8vres demeuraient immobiles et pourtant d\u2019improbables vocalises envahirent chaque pi\u00e8ce du ch\u00e2teau. Sa gorge se contractait, son cornet vibrait. Rapidement, la vieille b\u00e2tisse \u00e0 l\u2019atmosph\u00e8re ternie par le d\u00e9sespoir fut transform\u00e9e en havre de f\u00e9licit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Des amours nouveaux na\u00eetront,<\/p>\n\n\n\n<p>Que le temps n\u2019alt\u00e9rera pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9, le comte ripaillera,<\/p>\n\n\n\n<p>Et avec tous ses compagnons,<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9coutera mes belles chansons.<\/p>\n\n\n\n<p>Car Finono sera,<\/p>\n\n\n\n<p>Partout o\u00f9 d\u2019Aubigny ira,<\/p>\n\n\n\n<p>Asseoir sa sagesse et \u00e9pandre son aura.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le comte entama sa chasse en paralysant une pie \u00e0 l\u2019aide d\u2019un rayon de givre. Il but ses quelques centilitres de sang pour se mettre en jambe. Il croisa un chien plus maigre que lui et n\u2019eut aucune piti\u00e9. La b\u00eate bless\u00e9e par un projectile magique mourut enchev\u00eatr\u00e9e dans un buisson d\u2019aub\u00e9pines. Il la vida. Un \u00e9clair eut raison d\u2019une colonie de chats qu\u2019il su\u00e7a jusqu\u2019au dernier. Il tenta ensuite de se m\u00e9tamorphoser en loup, mais l\u2019effort fut vain. Malgr\u00e9 des souffrances toujours plus vives \u00e0 cause de son arthrite, il gardait espoir qu\u2019un jour, il pourrait courir \u00e0 quatre pattes et voler \u00e0 deux ailes. Il claudiqua jusqu\u2019\u00e0 la ferme d\u2019\u00e9levage et attela deux boeufs maigrelets qui devaient l\u2019accompagner dans son p\u00e8lerinage alimentaire. Les bestiaux tiraient une grande cage sur roues dans laquelle chaque animal captur\u00e9 \u00e9tait enferm\u00e9. Le butin, convoy\u00e9 jusqu\u2019au ch\u00e2teau, devait permettre au comte de tenir un mois.<\/p>\n\n\n\n<p>Finono avait transform\u00e9 le manoir d\u2019outre-tombe en palais princier. Les tapisseries, les peintures, les carreaux des fen\u00eatres avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9s. L\u2019argenterie scintillait. De la lumi\u00e8re jaillissait d\u2019un lustre d\u2019acier s\u00e9culaire et de cand\u00e9labres en bronze pos\u00e9s sur la grande table de r\u00e9ception. Tout \u00e9tait pr\u00eat. Il ne manquait que les invit\u00e9s et la becquetance. Le valet, \u00e9puis\u00e9, descendit \u00e0 la cave pour s\u2019offrir sa bouteille de liqueur quotidienne. La r\u00e9serve \u00e9tait bien pourvue. Plus de cent litres d\u2019alcool de fruits et de l\u00e9gumes \u00e9taient \u00e0 la disposition du laideron. Pendant qu\u2019il s\u2019\u00e9vadait dans la douceur d\u2019un r\u00eave \u00e9rotique, une troupe allait d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9 et charg\u00e9e de victuailles sur les chemins impraticables du territoire du comte. La bonne humeur les accompagnait. Ils avaient march\u00e9 plusieurs jours pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019invitation du serviteur attentionn\u00e9. Finono fut r\u00e9veill\u00e9 en sursaut. Il pleura de joie en ouvrant la porte. Les compagnons \u00e9taient l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>Surprise et stup\u00e9faction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La cage \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9 pleine. Trois chiens, deux renards, une vingtaine de lapins et quelques piafs glac\u00e9s ou \u00e9lectris\u00e9s sommeillaient autour d\u2019un ours brun au pelage carbonis\u00e9. Le comte l\u2019avait pris en chasse, mais n\u2019ayant pu l\u2019immobiliser avec les sorts habituels, il s\u2019\u00e9tait aid\u00e9 d\u2019une boule de feu. Elle avait atterri trop pr\u00e8s du plantigrade, le tuant presque. Les deux b\u0153ufs, \u00e9reint\u00e9s apr\u00e8s plusieurs jours de labeur, s&rsquo;\u00e9croul\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du manoir surprenamment illumin\u00e9. D\u2019Aubigny comprit vite qu\u2019une surprise l\u2019attendait. \u00ab\u00a0Serait-ce ma femme\u00a0?\u00a0\u00bb se demanda-t-il. Il esp\u00e9rait plut\u00f4t ses amis, m\u00eame si le retour de sa moiti\u00e9 ne lui aurait pas d\u00e9plu. Des voix s\u2019\u00e9levaient, plus fortes les unes que les autres. Il n\u2019eut plus de doute. Lorsqu\u2019il ouvrit la porte, le silence se fit. Onze hommes et un enfant entouraient Finono, rond comme un coing et ivre de bonheur. Le comte les reconnut imm\u00e9diatement, sauf le gosse. Il les embrassa tous, anciens compagnons d\u2019aventures et de beuveries. Il laissa l\u2019enfant de c\u00f4t\u00e9, jetant de temps en temps un coup d\u2019\u0153il curieux sur celui qui ne le l\u00e2chait pas des yeux. Ses amis lui cont\u00e8rent leurs bonheurs et turent leurs malheurs, toujours plus nombreux en vieillissant. Ils furent surpris de voir leur h\u00f4te en si bonne forme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Cet \u00e9tat de gr\u00e2ce n\u2019est que de courte dur\u00e9e, leur expliqua D\u2019Aubigny. Je viens de me nourrir. Mais vous verrez demain, quand je d\u00e9c\u00e9derai.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils le charri\u00e8rent pour le ramener \u00e0 l\u2019esprit de la f\u00eate. Ils \u00e9voqu\u00e8rent avec malice sa m\u00e9galomanie d\u2019antan. Ce fut autant de coups de couteau plant\u00e9s dans des plaies b\u00e9antes. Un croassement singulier, m\u00eal\u00e9 d\u2019injures, cr\u00e9a l\u2019\u00e9tincelle dans l\u2019esprit cafardeux du vampire. Il se tourna vers l\u2019enfant sur qui l\u2019oiseau s\u2019\u00e9tait pos\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Deguy de Guignat ! s\u2019exclama d\u2019Aubigny.<\/p>\n\n\n\n<p>Le visage du vampire s\u2019illumina. Il venait de reconna\u00eetre son vieil ami. Il avait rajeuni de plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que t\u2019est-il arriv\u00e9&nbsp;? C\u2019est une b\u00e9n\u00e9diction, continua-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeune seigneur n\u2019avait pas l\u2019air de partager son avis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Une b\u00e9n\u00e9diction&nbsp;! s\u2019esclaffa Cricro. Il a la taille, la force, la voix, l\u2019aura et la queue d\u2019un enfant de dix ans&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Tous se mirent \u00e0 rire des malheurs de Deguy de Guignat. Ce dernier frappa sur la table avec son petit poing et tous se turent. Malgr\u00e9 son m\u00e8tre trente, il n\u2019avait rien perdu de son autorit\u00e9. La salle fut plong\u00e9e dans un silence pesant. Seuls les ronflements de Finono r\u00e9pondaient aux interrogations l\u00e9gitimes du comte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Trous du cul ! lan\u00e7a Cricro. Vous \u00eates tous des trous du cul&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Deguy de Guignat le fit d\u00e9gager d\u2019un revers de la main.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;La sagesse m\u2019a manqu\u00e9, dit-il avec sa voix de moutard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu as encore aval\u00e9 une potion sans regarder l\u2019\u00e9tiquette&nbsp;? l\u2019interrogea le vampire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Une potion\u2026 Si seulement, r\u00e9pondit-il. J\u2019ai bu jusqu\u2019\u00e0 m\u2019en faire p\u00e9ter l\u2019estomac. Heureusement, il \u00e9tait moins gros que celui de ce diable de Poppy.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est vrai, il n\u2019est pas l\u00e0, constata le comte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;On a trouv\u00e9 le moyen de p\u00e9n\u00e9trer Jouvence. J\u2019ai rajeuni de trente ans. Lui est scotch\u00e9 aux mamelles d\u2019une nourrice, prisonnier de ses langes et condamn\u00e9 \u00e0 gazouiller pour tailler le bout de gras. Et dire qu\u2019il parlait dix-sept langues\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bien fait pour vos gueules, bande de cons&nbsp;! conclut Cricro.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>Une aventure \u00e9nigmatique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00eener festif d\u00e9buta de bonne heure. L\u2019oiseau, qui avait abus\u00e9 des graines \u00e9pic\u00e9es offertes en ap\u00e9ritifs, voletait dans la cour avec l\u2019impression qu\u2019une coul\u00e9e de lave d\u00e9valait ses intestins et enflammait son croupion. La douleur lui clouait le bec et lib\u00e9rait les invit\u00e9s de ses commentaires d\u00e9sobligeants. Lik et Zel servaient la soupe \u00e0 l\u2019oseille et aux champignons qu\u2019ils avaient mitonn\u00e9e ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c7a va encore sentir les pieds, lan\u00e7a Mas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Au moins, on sait d\u2019o\u00f9 viennent les champignons, ajouta Kot.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux amis ins\u00e9parables avaient entam\u00e9 les hostilit\u00e9s. Les blagues de mauvais go\u00fbt fus\u00e8rent. D\u2019Aubigny et Deguy de Guignat se tenaient \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Le comte boudait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi vous y \u00eates all\u00e9s sans moi&nbsp;? demanda-t-il \u00e0 l\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Les messages de Finono te disaient au plus mal. Nous voulions te faire une surprise et te ramener de l\u2019eau, mais \u00e7a a foir\u00e9. \u00c0 la sortie de la grotte, on s\u2019est fait d\u00e9pouiller par un manant qui avait d\u00e9j\u00e0 un pied dans la fosse. Contre un enfant et un b\u00e9b\u00e9, il n\u2019a pas eu beaucoup \u00e0 lutter. C\u2019\u00e9tait son jour de chance. \u00c7a m\u2019a quand m\u00eame co\u00fbt\u00e9 mes deux joyaux de famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Un dragon s\u2019\u00e9tait appropri\u00e9 la source depuis un demi-si\u00e8cle et ran\u00e7onnait les p\u00e8lerins. Il fallait \u00eatre tr\u00e8s riche pour qu\u2019il c\u00e8de le passage. Pour des raisons diplomatiques, l\u2019Ordre, \u00e0 qui appartenait Jouvence, le laissait agir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Cette attention me touche, dit le comte, mais tu n\u2019aurais pas d\u00fb. Tu as perdu une fortune.<\/p>\n\n\n\n<p>Riko, Mas, Kot, Rob et Tchus entonn\u00e8rent un chant paillard. Les mots les plus crus du r\u00e9pertoire barbare figuraient dans les paroles. \u00ab\u00a0Montre-nous ta chatte, offre-nous ton cul, lib\u00e8re-nous le drain, sans te servir de tes mains\u00a0\u00bb ponctuait chaque couplet. Les onze compagnons se balan\u00e7aient sur un banc. Finono voulait \u00eatre de la partie, mais la t\u00eate lui tournait. Il avait le mal de mer. Il s\u2019allongea sur un canap\u00e9 miteux pr\u00e8s de son ma\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u00a0Si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 l\u00e0, \u00e7a se serait pass\u00e9 autrement, d\u00e9clara le vampire sur le ton du reproche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Soit&nbsp;! Retournons-y&nbsp;! proposa Deguy de Guignat.<\/p>\n\n\n\n<p>Le comte r\u00e9fl\u00e9chissait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u00a0Le charme de la fontaine aura-t-il un effet sur ma personne\u00a0? demanda-t-il. Un vampire aussi rac\u00e9 et maudit que moi ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu h\u00e9sites&nbsp;? l\u2019interrogea l\u2019enfant pour le provoquer. Tu as peur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019apart\u00e9 du vampire et de son ami aga\u00e7ait les compagnons.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u00a0Deguy\u00a0! Viens raconter \u00e0 tout le monde comment je me suis bien occup\u00e9 de toi et de Poppy\u00a0! lan\u00e7a Dar pour les ramener \u00e0 table.<\/p>\n\n\n\n<p>Les invit\u00e9s se servaient de la viande d\u2019ours et du chou que Machi avait fait revenir avec du lard et des pommes. Riko entonna une nouvelle chanson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qui par devant, qui par derri\u00e8re, pour fourrer sa queue dans la rombi\u00e8re&nbsp;? hurlait le mastodonte avec sa grosse voix.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb lanc\u00e8rent tous ses amis en ch\u0153ur. Finono, l\u2019esprit embrum\u00e9, bredouilla lui aussi sa r\u00e9ponse qui resta englu\u00e9e dans la bile.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ce serait une renaissance, dit d\u2019Aubigny. Retrouver ma jeunesse\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u00a0Qui vivra saura\u00a0! r\u00e9pondit le gamin pour l&rsquo;encourager.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qui au-dessus, qui en dessous, pour ch\u00e2tier cette goudou&nbsp;? poursuivit Riko.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Moi\u00a0\u00bb r\u00e9pondirent ensemble les convives. Le vampire se redressa. Il avait retrouv\u00e9 l\u2019envie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u00a0Qui est allong\u00e9, le cul relev\u00e9, pour se faire d\u00e9monter\u00a0? lan\u00e7a Riko.<\/p>\n\n\n\n<p>Seul Finono r\u00e9pondit, machinalement. Tous se moqu\u00e8rent de lui. Le laideron rit lui aussi de s\u2019\u00eatre laiss\u00e9 prendre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Partons sur-le-champ&nbsp;! lan\u00e7a le comte.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auditoire se tut. Deguy de Guignat, au centre de l\u2019attention, appr\u00e9ciait l\u2019instant. Il se servit un verre d\u2019alcool de betterave et le vida d&rsquo;un trait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u00a0Je suis ind\u00e9cis, l\u00e2cha le m\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si c\u2019est une question d\u2019argent, je vendrai mon manoir, affirma le vampire. J\u2019y laisserai mon b\u00e2ton.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il y a un autre moyen.<\/p>\n\n\n\n<p>Le gamin se servit de la soupe. Il souffla longtemps pour la refroidir. Il prenait son temps pour susciter l\u2019int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Eh bien, parle&nbsp;! insista d\u2019Aubigny.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai un plan, dit l\u2019enfant. Il est sans faille. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 tout, mais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il faudra circuler sur les terres de l\u2019Ordre pour rejoindre Clairebois. La surveillance et accrue et les chasseurs de primes nombreux. Au regard de ta condition de vampire affaibli, je crains que ce ne soit perdu d\u2019avance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu&rsquo;insinues-tu, morveux&nbsp;? s\u2019emporta d\u2019Aubigny dans un exc\u00e8s d\u2019orgueil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que tu n\u2019es plus capable de te battre, lan\u00e7a Rob le beau parleur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que tu es trop faible, m\u00eame pour un voyage aussi court, dit Tiane.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;L\u2019aventure, c\u2019est du pass\u00e9, conclut Deuf.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vampire devait regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face. Tous disaient vrai.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u00a0Vous avez raison, admit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019Aubigny parlait sinc\u00e8rement, mais il leur en voulait de ne pas l\u2019encourager \u00e0 braver l\u2019impossible. Ses amis portaient sur lui un regard plein de piti\u00e9. Il \u00e9tait vieux et maudit, mais ses r\u00eaves d\u2019autrefois ne l&rsquo;avaient pas quitt\u00e9. Il pouvait choisir de p\u00e9rir en chemin plut\u00f4t que de croupir dans son tombeau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ma\u00eetre&nbsp;! d\u00e9clara Finono dans un demi-sommeil. Partons&nbsp;! Je vous accompagnerai.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en fallut pas davantage pour convaincre le vampire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;La t\u00e2che s\u2019annonce difficile pour le vieux, d\u00e9clara Tchus le faiseur d\u2019histoires. Je parie qu\u2019il n\u2019y arrivera pas, mais j\u2019admire son courage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Moi, je crois en lui, dit Dar.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Moi aussi, d\u00e9clara Machi. Il est courageux et je dois l\u2019\u00eatre aussi. J\u2019ai\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Dar, assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, le coupa. Quelque chose pesait sur le coeur de Machi. Il voulait s&rsquo;exprimer, mais se ravisa. Le corbeau fit son entr\u00e9e \u00e0 cet instant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u00a0Qu\u2019est-ce qui se passe dans ce taudis\u00a0? s&rsquo;exclama-t-il avec arrogance. Le vieux a claqu\u00e9\u00a0? On pleure sa d\u00e9pouille\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu cr\u00e8veras avant moi, r\u00e9pliqua l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Je pars retrouver ma jeunesse. La vie m\u2019offre une deuxi\u00e8me chance, je ne la laisserai pas passer.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous l\u2019applaudirent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu sais que le Grand pr\u00eatre de Clairebois accorde un v\u0153u \u00e0 celui qui livre en vie un supp\u00f4t du mal, l\u2019informa Deguy de Guignat. Pour toi, au regard de ton rang, je pourrai demander\u2026 l\u2019impossible.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant se servit copieusement du renard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Continue donc&nbsp;! insista le comte. Tu m\u2019int\u00e9resses.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je n\u2019en dirai pas plus. Fais-moi confiance&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai compris ton plan. Tu veux m\u2019offrir en p\u00e2ture \u00e0 ces extr\u00e9mistes habill\u00e9es en robe, mais pour quoi faire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 tout, mais trop t\u2019en dire pourrait te perdre. Sois mon prisonnier et nous arriverons entiers \u00e0 Jouvence&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Garde tes secrets, l\u2019enfant, r\u00e9torqua le vampire, mais partons d\u00e8s maintenant&nbsp;! Mes amis, si je ne reviens pas, je vous c\u00e8de tout. Finono, mon fid\u00e8le serviteur, nous mourrons ensemble si tel est mon destin.<\/p>\n\n\n\n<p>Riko r\u00e9ussit \u00e0 le convaincre de ne pas les quitter imm\u00e9diatement. Il l\u2019invita \u00e0 manger, \u00e0 boire et \u00e0 rire avec eux. Le vampire reporta son d\u00e9part aux premi\u00e8res lueurs de l\u2019aube.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Trop tarder serait idiot, dit-il. Du sang frais coule dans mes veines. J\u2019ai la forme, \u00e7a ne durera pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Des murmures d\u00e9non\u00e7aient l\u2019inconscience de Deguy de Guignat. Entra\u00eener le comte dans cette aventure s\u2019av\u00e9rait pure folie. Ses compagnons priaient pour que cette derni\u00e8re vir\u00e9e l\u2019\u00e9gaye un peu avant que sa mal\u00e9diction ne le consume enti\u00e8rement. Ils ne se ber\u00e7aient pas d\u2019illusions concernant son avenir. Machi avait pr\u00e9par\u00e9 un pain aux noix et aux figues pour le dessert. Personne n\u2019avait faim, mais tous le go\u00fbt\u00e8rent et les bouteilles entam\u00e9es furent vid\u00e9es. Ils se rem\u00e9mor\u00e8rent ensuite quelques \u00e9pisodes glorieux de leur pass\u00e9 commun et \u00e9voqu\u00e8rent les exploits sexuels et guerriers de Deguy de Guignat. L\u2019enfant jubilait d\u2019entendre ces \u00e9changes qui le glorifiaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le repas, la troupe se coucha. L\u2019\u00e9poque o\u00f9 ils festoyaient toute la nuit appartenait au temps jadis. Finono n\u2019avait pas envie de dormir. Cette exp\u00e9dition l\u2019enthousiasmait. Il pr\u00e9para son paquetage avec un heureux pressentiment. Il ne se voyait pas mourir. Il s\u2019imaginait au bras d\u2019une belle femme. Devenu c\u00e9l\u00e8bre, il se produisait dans les palais les plus prestigieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pauvre con&nbsp;! lan\u00e7a Cricro, tordu de rire.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi les graines \u00e9pic\u00e9es dont on l\u2019avait gav\u00e9 autrefois pour le torturer et dont il raffolait depuis, une lui avait offert la facult\u00e9 de lire dans les pens\u00e9es. Momentan\u00e9 chez l\u2019homme, ce pouvoir perdurait chez l\u2019animal. Il riait des illusions d\u00e9biles de Finono, mais plus encore du plan grotesque de son ma\u00eetre cens\u00e9 lib\u00e9rer le comte de sa damnation.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8230;<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans son manoir, le comte d\u2019Aubigny, d\u00e9laiss\u00e9 par sa femme, attend la mort. Vampire maudit, il a tir\u00e9 un trait sur ses r\u00eaves de grandeur et coule des jours sombres&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":146,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20"}],"collection":[{"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=20"}],"version-history":[{"count":11,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":320,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/20\/revisions\/320"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/146"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}