{"id":148,"date":"2022-02-16T11:42:00","date_gmt":"2022-02-16T10:42:00","guid":{"rendered":"https:\/\/zabal.net\/?p=148"},"modified":"2025-05-02T18:57:11","modified_gmt":"2025-05-02T16:57:11","slug":"148","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/2022\/02\/16\/148\/","title":{"rendered":"Henri Milk, livre 1, le Guerrier d&rsquo;Ath\u00e9na"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Roman paru aux \u00e9ditions Cordes de lune<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Henri Milk est un tout jeune commercial qui travaille pour Tryllek, une entreprise pharmaceutique innovante o\u00f9 collaborent pour la premi\u00e8re fois des humains et des exos. Henri a une situation plus qu\u2019enviable&nbsp;: son p\u00e8re est porte-parole du groupe, il a son propre vaisseau, vit sur une plan\u00e8te riche des Mondes Unis\u2026 Pourtant, dans son cocon dor\u00e9, il ne se sent pas \u00e0 sa place. Il r\u00eave de passer l\u2019uniforme des Guerriers d\u2019Ath\u00e9na, des agents qui parcourent la Galaxie et luttent contre la tyrannie des consortiums, mais les recruteurs l\u2019ont recal\u00e9. Pour leur prouver qu\u2019il m\u00e9rite sa place, il d\u00e9cide d\u2019infiltrer, avec son andro\u00efde d\u2019enseignement, un r\u00e9seau de trafiquants. Henri est dou\u00e9, il gravit rapidement les \u00e9chelons, d\u00e9nonce la tentative de corruption d\u2019un s\u00e9nateur, devient un Guerrier et se retrouve confront\u00e9 \u00e0 son pass\u00e9. Le gar\u00e7on n\u2019est pas un humain comme les autres. Sa vraie nature et son histoire lui ont \u00e9t\u00e9 cach\u00e9es. Ath\u00e9na le missionne pour infiltrer un cartel auquel il se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre intimement li\u00e9. Henri doit se battre pour honorer son engagement, prot\u00e9ger ceux qu\u2019il aime et d\u00e9jouer un complot qui menace l\u2019Humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:30px\"><strong>1 &#8211; Premiers pas<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Annonce d\u00e9nich\u00e9e dans la gazette \u00e9conomique du syst\u00e8me Arifa, plan\u00e8te Stocksan 17&nbsp;: \u00ab&nbsp;Recherche pour premier emploi ou contrat \u00e9tudiant, une personne motiv\u00e9e pour \u00e9queuter des fleurs. Bonne ambiance, conditions de travail agr\u00e9ables. \u00c9volution possible.&nbsp;\u00bb Le bonheur&nbsp;! La vie r\u00eav\u00e9e&nbsp;! Et dire que nous \u00e9tions plusieurs sur le coup\u2026 D\u00e9primant. Je plaignais ceux qui n\u2019avaient pas d\u2019autre choix que de prendre ce boulot ennuyeux pour financer leurs \u00e9tudes ou, mis\u00e8re mis\u00e9rable, y passer le reste de leur existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re le\u00e7on d\u2019un type louche, mais exp\u00e9riment\u00e9, \u00e0 moi-m\u00eame, dans un bar de Procyon, plan\u00e8te prosp\u00e8re des Mondes Unis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un contrebandier doit \u00eatre en mesure de justifier son d\u00e9placement aupr\u00e8s des autorit\u00e9s. Pour un peu de contrebande, tu prends rendez-vous pour une formation, un job, un stage. Le plus important, c\u2019est qu\u2019ils ne se posent jamais de questions. Si la police fouille, la police trouve, et Henri Milk recevra des coups de pied au cul et ira au trou&nbsp;!&nbsp;\u00bb Babar s\u2019\u00e9tait marr\u00e9. Babar, c\u2019\u00e9tait un surnom, soi-disant \u00e0 cause de ses grandes oreilles et de son long nez, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un personnage issu de la vieille culture populaire que je ne connaissais pas. Babar avait trop fum\u00e9 et la couleur de ses dents tirait sur le jaune. Il m\u2019avait confi\u00e9 ma premi\u00e8re mission.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Transporteur l\u00e9ger immatricul\u00e9 SW-1977-GL, Condor, vous \u00eates en approche de l\u2019astroport 23. Pouvez-vous confirmer votre intention d\u2019atterrir et d\u00e9cliner l\u2019identit\u00e9 des passagers&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Henri Milk. Je suis seul et je veux bien atterrir sur l\u2019astroport 23.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Motif&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Entretien d\u2019embauche. Je vous donne la r\u00e9f\u00e9rence candidat&nbsp;: 19M. Boutique&nbsp;: le Comptoir des plantes. Contact&nbsp;: Vicky Rino.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Merci. Je v\u00e9rifie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019avais pas parl\u00e9 de Bob, puisque Bob \u00e9tait un andro\u00efde d\u2019enseignement et que seuls les andro\u00efdes d\u2019interactions sociales, \u00e0 conscience non subordonn\u00e9e, devaient \u00eatre signal\u00e9s. Il ne fallait pas dire \u00e0 Bob qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9suet ou sous-d\u00e9velopp\u00e9, car \u00e7a le contrariait beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Atterrissage autoris\u00e9, Monsieur Milk. Bonne chance pour votre entretien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Merci.<\/p>\n\n\n\n<p>Premi\u00e8re \u00e9tape pass\u00e9e. La piste \u00e9tait en vue, largement d\u00e9gag\u00e9e. Un beau balisage de lumi\u00e8res rouges et de lignes blanches m\u2019indiquait la place \u00e0 prendre, aux dimensions exactes de mon petit vaisseau. Je me posai avec l\u2019aisance d\u2019une abeille sur une fleur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c0 tout \u00e0 l\u2019heure, Bob&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne r\u00e9pondit pas. Bob \u00e9tait agac\u00e9 parce qu\u2019il ne comprenait pas pourquoi j\u2019\u00e9tais venu sur cette plan\u00e8te. Je ne pouvais pas le mettre dans la confidence, car il tenait mal sa langue. Le d\u00e9lit que je m\u2019appr\u00eatais \u00e0 commettre devait bien \u00e9videmment rester mon secret.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ne fais pas la t\u00eate&nbsp;! Tu n\u2019es pas beau quand tu boudes.<\/p>\n\n\n\n<p>On vivait ensemble depuis plus de seize ans. Seize ans qu\u2019il en paraissait douze. Je le connaissais par c\u0153ur et il pouvait en dire autant de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je raconterai tout \u00e0 ton p\u00e8re et \u00e0 Mana&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;T\u2019as pas int\u00e9r\u00eat, r\u00e9pliquai-je. Pense \u00e0 la fonderie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Cette blague ne l\u2019amusait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Et tu leur diras quoi&nbsp;? J\u2019aimerais bien le savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que tu ne veux plus vendre de m\u00e9dicaments.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est ma vie et j\u2019ai toujours eu la passion des fleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu t\u2019engages sur un mauvais chemin, Henri.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce que tu en sais&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je sens de l\u2019\u00e9nervement et un peu de g\u00eane dans ta voix.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu es tr\u00e8s fort, Bob, mais tu ne sauras rien de plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ton p\u00e8re et Mana te tireront les vers du nez. Surtout Mana, elle est dou\u00e9e pour \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c0 tout \u00e0 l\u2019heure&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019aga\u00e7ait. Heureusement qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas dot\u00e9, comme certains andro\u00efdes plus sophistiqu\u00e9s, de capteurs biom\u00e9triques qui auraient r\u00e9v\u00e9l\u00e9 mon \u00e9tat de stress. Je fis descendre la passerelle et l\u2019officier de pont scanna ma carte de circulation. Des agents harcelaient parfois les voyageurs de questions sur leur provenance et leur chargement. J\u2019\u00e9tais jeune, je pr\u00e9sentais bien et me d\u00e9pla\u00e7ais uniquement sur les plan\u00e8tes centrales des Mondes Unis\u2026 Rien qui puisse \u00e9veiller les soup\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il n\u2019y a personne d\u2019autre l\u00e0-dedans&nbsp;? demanda l\u2019officier en scrutant l\u2019int\u00e9rieur. Montrez-vous, je vais vous trouver&nbsp;! ajouta-t-il pour plaisanter.<\/p>\n\n\n\n<p>Il jouait au gars sympa, mais je n\u2019y croyais pas. J\u2019essayais de ne rien laisser para\u00eetre de ma nervosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Juste mon vieil andro\u00efde d\u2019enseignement, dis-je. Un ancien mod\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tr\u00e8s bien, allez-y&nbsp;! Et bonne chance pour votre entretien.<\/p>\n\n\n\n<p>Je percevais les battements sourds de mon c\u0153ur qui martelaient mes tympans. Je le remerciai et verrouillai l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019astronef. Par chance, il faisait chaud et les gouttelettes de transpiration qui perlaient sur mon front pouvaient se justifier autrement que par la frousse. Il aurait pu d\u00e9couvrir mon chargement et me filer \u00ab&nbsp;des coups de pied au cul&nbsp;\u00bb, comme disait Babar. La prison me guettait et avec elle, le d\u00e9but des ennuis auxquels je ne voulais pas penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Un ciel couleur ivoire masquait le soleil de Stocksan 17, petite plan\u00e8te mini\u00e8re. L\u2019air \u00e9tait tr\u00e8s sec. Je me trouvais sur le toit du centre commercial et tout autour, s\u2019\u00e9talait un d\u00e9sert de roche noire au relief accident\u00e9 parcouru de rivi\u00e8res de sable jaune&nbsp;; un paysage aride et morne. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur du complexe, les climatiseurs offraient une atmosph\u00e8re plus respirable. Un robot \u00e0 chenilles, qui m\u2019arrivait aux genoux et ressemblait \u00e0 une grosse bo\u00eete de conserve grise caboss\u00e9e, me proposa son assistance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;O\u00f9 puis-je vous conduire, Monsieur Milk&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il savait qui j\u2019\u00e9tais. La s\u00e9curit\u00e9 a\u00e9rienne m\u2019avait fich\u00e9 et \u00e0 pr\u00e9sent, toutes les interfaces connect\u00e9es au syst\u00e8me central pouvaient m\u2019identifier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le Comptoir des plantes, r\u00e9pondis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais un premier rendez-vous \u00e0 dix heures pour mon entretien d\u2019embauche et un deuxi\u00e8me, une heure plus tard, pour une affaire plus discr\u00e8te. Je descendis au treizi\u00e8me \u00e9tage dans un ascenseur en verre. Mon guide en ferraille ne m\u2019avait pas quitt\u00e9 et entama son office publicitaire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bouquets senteurs, bouquets couleurs, bouquets plaisirs. Le Comptoir des plantes propose un vaste choix de fleurs et de plantes cultiv\u00e9es dans nos serres, sur Stocksan. Des conseillers \u00e0 votre \u00e9coute toute la journ\u00e9e, sans interruption. Pour offrir ou se faire plaisir, les fleurs de vos envies, le meilleur antidote contre le stress.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019engin crachait l\u2019annonce avec son petit haut-parleur gr\u00e9sillant. Il n\u2019avait pas fini&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous fumez trop&nbsp;? Fumez mieux&nbsp;! D\u00e9couvrez notre large gamme d\u2019accessoires d\u00e9di\u00e9s \u00e0 votre passion&nbsp;! Profitez d\u2019une r\u00e9duction sur le tabac de Banna et d\u00e9couvrez le nouvel hybride Jonctou, plus doux, aux notes vanill\u00e9es&nbsp;! Tous nos produits \u00e0 fumer sont certifi\u00e9s antistress. \u00c9vanescence, septi\u00e8me niveau, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du salon de massage.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi m\u2019avoir servi une annonce sur le tabac&nbsp;? Se doutait-il de quelque chose&nbsp;? Impossible. Il fallait que je me calme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous \u00eates arriv\u00e9, Monsieur Milk.<\/p>\n\n\n\n<p>La bo\u00eete \u00e0 conserve me laissa. Je rep\u00e9rai imm\u00e9diatement la boutique, tr\u00e8s lumineuse et ouverte sur une immense serre ext\u00e9rieure. La fille au comptoir faisait la t\u00eate. Elle souriait aux clients uniquement parce que son contrat l\u2019exigeait. Quand elle sut que je venais pour le poste de coupeur de tiges, elle darda sur moi un regard noir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c7a fait trois mois que je trime, dit-elle. Je s\u00e8che la fac pour faire des heures suppl\u00e9mentaires ici et je rattrape mes cours la nuit. J\u2019ai besoin de ce job. Je me donne \u00e0 fond et \u00e7a ne leur suffit pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Apparemment, nous \u00e9tions en concurrence. Elle avait mon \u00e2ge et je la trouvais jolie avec son carr\u00e9 brun. Je remarquai ses joues un peu gonfl\u00e9es, ses yeux marron maquill\u00e9s discr\u00e8tement et son rouge \u00e0 l\u00e8vres mauve.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je n\u2019y suis pour rien, r\u00e9pliquai-je. Je tente ma chance, mais\u2026 Ne t\u2019inqui\u00e8te pas&nbsp;! Je sens que \u00e7a ne va pas bien se passer pour moi. Je n\u2019ai pas du tout le profil.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle croyait que je me fichais d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c7a t\u2019amuse&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019avais vraiment mise en col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si tu connaissais ma vie, poursuivit-elle, tu ne te permettrais pas&nbsp;! J\u2019en ai besoin de ce job, fils \u00e0 papa&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Fils \u00e0 papa&nbsp;? Elle est bonne, celle-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois qu\u2019on me traitait de fils \u00e0 papa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Regarde-toi avec tes fringues de riche et ta coiffure de minet&nbsp;! T\u2019es tir\u00e9 \u00e0 quatre \u00e9pingles, tu sors de la pouponni\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me d\u00e9testait vraiment. Je portais une jolie chemise taupe \u00e0 manches courtes et un pantalon beige en coton, taill\u00e9 droit, qui tombait sur mes chaussures sportwear noires. Quant \u00e0 ma coiffure, elle valait bien la sienne. Elle d\u00e9crocha le t\u00e9l\u00e9phone pour joindre sa responsable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Comment tu t\u2019appelles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Henri Milk.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Henri Milk, Henri Milk, Henri Milk\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle r\u00e9p\u00e9tait mon nom en grima\u00e7ant, pour me provoquer. Elle n\u2019avait vraiment peur de rien. Elle re\u00e7ut des instructions de sa sup\u00e9rieure qui ne la mirent pas dans de meilleures dispositions.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu peux attendre ici si tu veux, mais j\u2019aimerais autant que tu ailles l\u00e0-bas, plus loin, tr\u00e8s loin, dans les rayons&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Hors de ta vue, j\u2019ai compris.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ton entretien est d\u00e9cal\u00e9 d\u2019une heure, ajouta-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait \u00e0 mon tour de faire la t\u00eate. J\u2019avais un autre rendez-vous, beaucoup plus important que celui-l\u00e0, au m\u00eame moment.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est impossible&nbsp;! dis-je. Je suis attendu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le fils \u00e0 papa a rendez-vous avec sa manucure&nbsp;? Ou son barbier pour se faire tailler les trois poils de sa moustache&nbsp;? Il a la trouille de se faire disputer s\u2019il arrive en retard&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Son culot me sid\u00e9rait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Dis-lui que je ne pourrai pas \u00eatre l\u00e0 \u00e0 onze heures&nbsp;! r\u00e9pliquai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle haussa les \u00e9paules et reprit son travail sur son ordinateur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Sur l\u2019annonce, il y a \u00e9crit bonne ambiance, ajoutai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il ne faut pas croire tout ce qu\u2019on lit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Combien il y en a qui passent avant moi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un mouvement de t\u00eate, elle d\u00e9signa un groupe de cinq personnes assises pr\u00e8s d\u2019un terrarium, dans la serre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est qui le prochain&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le grand presque chauve.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Arrange-toi pour me faire passer \u00e0 sa place et je te promets de rater mon entretien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me fixa droit dans les yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi tu ferais \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu l\u2019as dit, je suis un fils \u00e0 papa. C\u2019est pour lui faire plaisir que je suis ici.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si tu ne veux pas de ce boulot, je n\u2019ai rien \u00e0 craindre de toi. Pourquoi je t\u2019aiderais&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9tais fait avoir. \u00ab&nbsp;Il ne faut jamais \u00e9veiller les soup\u00e7ons&nbsp;\u00bb avait dit Babar. Je ne pouvais pas me d\u00e9rober sans une bonne raison et je n\u2019en trouvai aucune.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Les fils \u00e0 papa ont pas mal d\u2019argent de poche, non&nbsp;? lan\u00e7a-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Incroyable&nbsp;! Elle allait me soutirer du fric.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je peux t\u2019arranger un passage \u00e0 midi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Combien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Cent kassets et un cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi un cin\u00e9ma&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Un bon endroit pour un deal. Et j\u2019adore le cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;OK.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019entamais ma carri\u00e8re de contrebandier en me faisant voler par une \u00e9tudiante v\u00e9nale. Bonjour, l\u2019amateur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Donne-moi ta carte de circulation&nbsp;! ordonna-t-elle. Je te la rendrai quand j\u2019aurai mes cent kassets.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019avais pas le choix. Elle la mit sous cl\u00e9 avec celles des autres postulants. J\u2019allais gagner mille kassets avec ma cargaison et dix pour cent avaient d\u00e9j\u00e0 fichu le camp, sans compter le prix du cin\u00e9ma, parce qu\u2019elle n\u2019allait pas me l\u2019offrir. Je m\u2019\u00e9tais fait avoir, mais je m\u2019en moquais. L\u2019argent ne m\u2019int\u00e9ressait pas. Derri\u00e8re sa mauvaise humeur, je d\u00e9celais une personne sensible. Elle m\u2019attirait et je semblais l\u2019horripiler. Je pr\u00e9f\u00e9rai donc l\u2019abandonner. Le plus important pour moi demeurait la discr\u00e9tion&nbsp;; j\u2019avais un chargement ill\u00e9gal \u00e0 livrer. Je jouais au contrebandier dans le seul but d\u2019infiltrer un r\u00e9seau, pour prouver \u00e0 Mana que moi aussi je pouvais devenir un Guerrier d\u2019Ath\u00e9na. Elle se croyait tr\u00e8s forte avec ses ordinateurs et ses talents de hackeuse. Henri Milk, lui, s\u2019engageait sur le terrain, incognito, face au danger, et il ne r\u00e9alisait pas vraiment ce qu\u2019il faisait. J\u2019avais une heure \u00e0 tuer et je d\u00e9ambulai dans les couloirs tr\u00e8s a\u00e9riens du centre commercial pour trouver le Caf\u00e9 cr\u00e8me, mon lieu de rendez-vous. Il n\u2019apparaissait sur aucun plan. Je ne le voyais nulle part. J\u2019avais un s\u00e9rieux probl\u00e8me. Je tournais et virais, allais d\u2019un \u00e9tage \u00e0 l\u2019autre pour rep\u00e9rer l\u2019enseigne et attirai malgr\u00e9 moi l\u2019attention d\u2019un deuxi\u00e8me robot d\u2019assistance client. Il avait la m\u00eame forme que son confr\u00e8re, en moins caboss\u00e9 et peint en orange.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je peux vous aider, Monsieur Milk&nbsp;? demanda ce nouveau guide tr\u00e8s serviable.<\/p>\n\n\n\n<p>Garder le silence \u00e9tait plus sage. R\u00e9v\u00e9ler le nom du bar o\u00f9 devait avoir lieu ma rencontre aurait \u00e9t\u00e9 idiot. Aussi bien lui balancer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je viens voir un employ\u00e9 du centre commercial qui va s\u2019occuper de ma cargaison de cigarettes de contrebande.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je visite, d\u00e9clarai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me laissa et alla emb\u00eater quelqu\u2019un d\u2019autre. Comment allais-je faire&nbsp;? Je me posai sur un banc et pris le temps d\u2019observer mon environnement. Le b\u00e2timent avait v\u00e9cu et ses murs avaient besoin d\u2019un s\u00e9rieux rafra\u00eechissement&nbsp;; il datait de l\u2019\u00e9poque b\u00e9ton, cette \u00e8re industrielle dans laquelle \u00e9taient rest\u00e9es coinc\u00e9es la plupart des plan\u00e8tes colonis\u00e9es de la couronne interm\u00e9diaire. Un homme vint s\u2019asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, visiblement en col\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;T\u2019aurais pas une tige&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, je ne fume pas, r\u00e9pondis-je poliment.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation \u00e9tait cocasse. J\u2019avais des cigarettes plein mon vaisseau. Le type, nerveux, battait la mesure avec son pied. Un rythme tr\u00e8s soutenu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;T\u2019es d\u2019ici&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;De ce syst\u00e8me&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu attends quelqu\u2019un&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa curiosit\u00e9 me d\u00e9plaisait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;T\u2019aurais pas quelques kassets \u00e0 me d\u00e9panner&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, dis-je en conservant un sourire de circonstance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Va crever, petite merde&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il se sauva. L\u2019attaque n\u2019avait \u00e9t\u00e9 que verbale, mais le coup m\u2019avait atteint physiquement. Je n\u2019arrivais plus \u00e0 bouger. Sur les plan\u00e8tes ouvri\u00e8res, la frustration crispait les gens qui finissaient par ne plus se supporter les uns les autres. \u00ab&nbsp;La solution est politique&nbsp;\u00bb, r\u00e9p\u00e9tait Mana. \u00ab&nbsp;Elle viendra du S\u00e9nat. Il doit prendre ses responsabilit\u00e9s et veiller \u00e0 plus d\u2019\u00e9galit\u00e9.&nbsp;\u00bb Je me moquais de son analyse \u00e0 cet instant. Ce fou m\u2019avait insult\u00e9 et il pouvait revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019observais les clients agglutin\u00e9s devant un bureau de tabac. L\u2019Univers comptait tellement de fumeurs parmi les travailleurs que chaque consortium avait sa filiale. Des spots publicitaires vantant les qualit\u00e9s de telle ou telle marque de cigarettes d\u00e9filaient sur les \u00e9crans lumineux. Le tabac, un psychotrope aux co\u00fbts de production d\u00e9risoires, mais tax\u00e9 \u00e0 mille pour cent. Gr\u00e2ce \u00e0 moi, les ouvriers allaient pouvoir trouver leur bonheur \u00e0 moindres frais sur le march\u00e9 noir. Je n\u2019en revenais pas&nbsp;; mon personnage m\u2019habitait vraiment.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me sentis minable de m\u2019\u00eatre laiss\u00e9 mal parler par ce bouffon. Un contrebandier ne s\u2019effa\u00e7ait pas&nbsp;; il r\u00e9pondait. Je me r\u00eavais Guerrier d\u2019Ath\u00e9na et un Guerrier d\u2019Ath\u00e9na avait de l\u2019\u00e9toffe. Je manquais cruellement d\u2019envergure. Deux agents de la s\u00e9curit\u00e9 du centre m\u2019interpell\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous attendez quelqu\u2019un, Monsieur&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, pourquoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que faites-vous assis ici&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Rien. Je patiente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous patientez pour quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai un entretien d\u2019embauche au Comptoir des plantes. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cal\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Votre carte de circulation, s\u2019il vous pla\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne l\u2019ai pas. Elle est au magasin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Quel est votre nom&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Henri Milk.<\/p>\n\n\n\n<p>Il appela son coll\u00e8gue du poste de s\u00e9curit\u00e9. Pour quelqu\u2019un qui voulait passer inaper\u00e7u, je me d\u00e9brouillais rudement bien. J\u2019avais deux agents sur le dos et tout le monde me regardait. Ils relev\u00e8rent mes empreintes digitales avec un scanner que m\u00eame leurs arri\u00e8re-grands-parents auraient trouv\u00e9 d\u00e9suet. Apr\u00e8s avoir obtenu les informations sur mon \u00e9tat civil, ils me reproch\u00e8rent \u00e0 demi-mot de ne pas \u00eatre rest\u00e9 chez moi, sur Orion. J\u2019appris que des dealers squattaient le centre commercial et qu\u2019ils effrayaient les clients. Les agents m\u2019avaient pris pour l\u2019un d\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ce n\u2019est pas mon genre, dis-je. Moi, je veux vendre des fleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils me regardaient bizarrement et devaient s\u2019interroger&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi ce jeune qui habite la plan\u00e8te la plus riche des Trois mondes est venu se perdre chez nous&nbsp;?&nbsp;\u00bb Ils me prenaient assur\u00e9ment pour un marginal. On les contacta sur leur talkie et ils me laiss\u00e8rent. <em>Un dealer\u2026 Ils me sous-estiment<\/em>, pensai-je. Pour ne pas attirer davantage l\u2019attention, j\u2019abandonnai mon banc et me remis \u00e0 la recherche du Caf\u00e9 cr\u00e8me. L\u2019heure tournait. Si d\u2019autres agents me surveillaient derri\u00e8re l\u2019\u0153il des cam\u00e9ras, ils devaient vraiment me trouver suspect. J\u2019entrai, pour faire comme tout le monde, dans un commerce de tabac et achetai un paquet de Gipsys. Au moment de r\u00e9gler, j\u2019interrogeai le caissier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le Caf\u00e9 cr\u00e8me, vous savez o\u00f9 c\u2019est&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Aucune id\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le type m\u2019avait \u00e0 peine regard\u00e9. Sa condescendance me r\u00e9pugnait. En sortant, je consultai les prix des paquets de cigarettes sur un tableau \u00e0 cristaux liquides \u2013&nbsp;une autre relique&nbsp;\u2013 et constatai que j\u2019avais pay\u00e9 le mien trop cher. J\u2019h\u00e9sitais \u00e0 y retourner. Je repensais \u00e0 Babar&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne te fais pas remarquer&nbsp;!&nbsp;\u00bb Je n\u2019\u00e9tais plus \u00e0 \u00e7a pr\u00e8s. J\u2019avais support\u00e9 l\u2019insulte, mais pas l\u2019arnaque. Je remontai la file des clients pour affronter le caissier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il y a une erreur sur le prix, dis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est pas possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019affichais plus le m\u00eame sourire poli du gar\u00e7on trop gentil. Il scanna le paquet \u2013&nbsp;devant mes yeux, cette fois&nbsp;\u2013 et le bon prix apparut. Celui du ticket ne correspondait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;D\u00e9sol\u00e9, un bug de la machine, d\u00e9clara-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Je restai froid.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le Caf\u00e9 cr\u00e8me, \u00e7a ne vous dit vraiment rien&nbsp;? insistai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le Caf\u00e9 cr\u00e8me, voyons voir\u2026 \u00c7a doit \u00eatre l\u2019ancien Caf\u00e9 des sports. Fran\u00e7ois est mort. Le nom a d\u00fb changer.<\/p>\n\n\n\n<p>Je le remerciai d\u2019un sourire forc\u00e9 et affrontai le regard r\u00e9probateur des nicotinomen que j\u2019avais doubl\u00e9s et qui me reprochaient mon sans-g\u00eane. Le Caf\u00e9 des sports se situait au niveau z\u00e9ro du complexe, face \u00e0 Boplus, une enseigne de la grande distribution. J\u2019empruntai de nouveau l\u2019ascenseur en verre. Plus je descendais, plus la d\u00e9coration s\u2019affadissait. La peinture se d\u00e9collait des murs gris, ab\u00eem\u00e9s et tagu\u00e9s. Le nombre d\u2019ouvertures sur l\u2019ext\u00e9rieur se r\u00e9duisait et l\u2019\u00e9clairage blafard des n\u00e9ons rempla\u00e7ait tristement la lumi\u00e8re du jour. Quand la porte s\u2019ouvrit, j\u2019assistai \u00e0 un d\u00e9fil\u00e9 bruyant de chariots remplis de victuailles. Les clients de Boplus, apr\u00e8s avoir fait leurs achats, gagnaient en masse les parkings souterrains et les stations de tramway pour rentrer chez eux. Ils se d\u00e9pla\u00e7aient essentiellement en transports en commun ou en v\u00e9hicule terrestre priv\u00e9. En effet, poss\u00e9der un astronef \u00e9tait un luxe qu\u2019aucun ouvrier ne pouvait se permettre. Je trouvai enfin le Caf\u00e9 des sports.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019endroit, livr\u00e9 \u00e0 l\u2019effervescence des parieurs, baignait dans un brouhaha incessant. Une centaine d\u2019\u00e9crans de t\u00e9l\u00e9vision tapissaient les murs et diffusaient en direct les matchs, les combats, les courses et tout autre type de comp\u00e9tition ouverte \u00e0 la mise. Les gageurs gesticulaient. S\u2019arr\u00eater pour regarder un programme sans se faire bousculer s\u2019av\u00e9rait impossible. J\u2019\u00e9tais entour\u00e9 d\u2019excit\u00e9s qui encourageaient avec ardeur, et parfois vulgairement, leurs champions humain, exo ou animal. Des automates tenaient les caisses. D\u2019apr\u00e8s ce que je pouvais voir, les sommes engag\u00e9es n\u2019\u00e9taient pas importantes \u2013&nbsp;quelques pi\u00e8ces ou un petit billet&nbsp;\u2013 et tout le monde esp\u00e9rait empocher le gros lot pour ne plus avoir \u00e0 travailler, ou mieux, fuir cette plan\u00e8te pour une autre plus d\u00e9cente. En balayant du regard les lieux, je remarquai, pos\u00e9 dans un coin, un panneau rose et blanc aux reliefs voluptueux&nbsp;: l\u2019enseigne du Caf\u00e9 cr\u00e8me. Il \u00e9voquait une ambiance plus raffin\u00e9e, plus chaleureuse que celle du Caf\u00e9 des sports.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ils veulent nous siphonner jusqu\u2019au sang, me dit un quinquag\u00e9naire aux yeux larmoyants.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait le teint rougeaud et semblait en mauvaise sant\u00e9. Pour respirer, il ouvrait grand la bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ils veulent taxer davantage les paris, ajouta-t-il. L\u2019ancien patron en a crev\u00e9&nbsp;! Le nouveau a tent\u00e9 de nous virer, mais \u00e7a fait une semaine qu\u2019on ne l\u2019a pas revu. Tu penses, les paris, \u00e7a rapporte&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il se pencha \u00e0 mon oreille.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est la p\u00e8gre qui est aux commandes ici aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019acquies\u00e7ai.<\/p>\n\n\n\n<p>Il attendait avec impatience le d\u00e9part d\u2019une course nautique et me colla sous le nez le re\u00e7u de sa mise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Celle-l\u00e0 m\u2019am\u00e8nera sur Procyon&nbsp;! affirma-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute que le malheureux en r\u00eavait depuis des ann\u00e9es. Il se planta devant un \u00e9cran et m\u2019oublia. Je squattai l\u2019une des rares tables que comptait l\u2019\u00e9tablissement. Le plateau, bancal, et le pied, tr\u00e8s haut, avaient souffert. Les chaises et les tabourets manquaient, faute de place. Je fis signe \u00e0 un andro\u00efde pour qu\u2019il vienne prendre ma commande, mais trop d\u2019excit\u00e9s encombraient l\u2019espace qui nous s\u00e9parait et son programme lui interdisait de jouer des coudes. Il fallait absolument que je sois servi. Mon correspondant devait m\u2019identifier gr\u00e2ce \u00e0 ma consommation&nbsp;: une eau p\u00e9tillante Rosac. Personne n\u2019en buvait. Le caf\u00e9, la bi\u00e8re ou le vin avaient la pr\u00e9f\u00e9rence des habitu\u00e9s. J\u2019allais faire tache avec ma boisson, mais je n\u2019\u00e9tais plus \u00e0 \u00e7a pr\u00e8s&nbsp;; avec mon style BCBG, tout le monde m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9. La jolie vendeuse du Comptoir des plantes avait raison. J\u2019\u00e9tais un fils \u00e0 papa tout droit sorti de sa pouponni\u00e8re et perdu dans une meute d\u2019ouvriers app\u00e2t\u00e9s par le gain. L\u2019andro\u00efde se pr\u00e9senta enfin. Il datait d\u2019une autre \u00e9poque et le nom de robot lui convenait mieux. Avec ses articulations monoaxe, il se rapprochait davantage des mod\u00e8les ancestraux que de leurs \u00e9volutions plus \u00e9l\u00e9gantes. Je fus servi et vis rapidement d\u00e9bouler un type, jeune, qui portait un gilet aux couleurs bleues et blanches de Boplus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est meilleur avec deux tranches d\u2019agrumes, dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le citron, c\u2019est ce que je pr\u00e9f\u00e8re, r\u00e9pondis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Le contact \u00e9tait nou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je fais des rotations toutes les deux heures pour livrer les commandes \u00e0 l\u2019astroport. \u00c0 quelle heure je passe pour toi&nbsp;? Treize heures, quinze heures, dix-sept heures, dix-neuf heures&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le plus t\u00f4t possible. Treize heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voulais vite me d\u00e9barrasser de ma marchandise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est quoi ton emplacement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;A3.<\/p>\n\n\n\n<p>Il disparut aussi rapidement qu\u2019il \u00e9tait arriv\u00e9. N\u2019ayant plus rien \u00e0 faire dans ce troquet bruyant, je d\u00e9cidai de le fuir quand un gaillard me saisit par le col.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;T\u2019es l\u00e0 pour jouer ou nous emmerder&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pardon&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce que tu viens foutre ici&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;De quoi je me m\u00eale&nbsp;? r\u00e9pliquai-je s\u00e8chement. Fichez-moi la paix&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais os\u00e9. Dans le regard niais du type, je lisais&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai plus rien \u00e0 perdre, j\u2019ai disjonct\u00e9, mais avant d\u2019en finir, je vais buter quelqu\u2019un, et ce quelqu\u2019un, ce sera toi, parce que ta gueule me revient pas&nbsp;\u00bb. Il leva le poing pour l\u2019\u00e9craser sur ma figure, mais tomba aussit\u00f4t \u00e0 genoux. Un gars au cr\u00e2ne ras\u00e9, derri\u00e8re lui, l\u2019avait neutralis\u00e9. Mon sauveur n\u2019\u00e9tait ni plus grand ni plus taill\u00e9 que moi, mais tout son \u00eatre transpirait la violence. Il avait un visage dur, des yeux clairs \u00e0 vous glacer d\u2019effroi. L\u2019attention se focalisait de nouveau sur moi. Quand mon myst\u00e9rieux bienfaiteur me fit signe de partir, je ne demandai pas mon reste. Je filai sans m\u00eame le remercier. Je pris rapidement l\u2019ascenseur pour monter au dix-septi\u00e8me \u00e9tage et gagner le Comptoir des plantes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Quelque chose ne va pas&nbsp;? m\u2019interrogea mon \u00e9tudiante avec une gentillesse retrouv\u00e9e. Tu es tendu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Effectivement, j\u2019\u00e9tais sous pression.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi tu stresses puisque tu te fiches de l\u2019entretien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle redevenait caustique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ils passent <em>Jurassic Park<\/em> dans la salle holographique, m\u2019apprit-elle. \u00c7a te dit&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pas vraiment. Laissons tomber le cin\u00e9ma&nbsp;! Si tu veux, je te le paye, mais tu iras toute seule.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pas question&nbsp;! Tu oublies notre deal.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu auras tes cent kassets.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu dois m\u2019accompagner.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle y tenait vraiment. Un autre aurait compris qu\u2019elle me draguait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Va boire un coup et te rafra\u00eechir un peu&nbsp;! Tu es tout blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, je vais aller m\u2019asseoir dans le jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais grandi au milieu des plantes, dans la qui\u00e9tude et la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 des for\u00eats. Rien que l\u2019odeur des v\u00e9g\u00e9taux, de l\u2019humus, suffisait \u00e0 m\u2019apaiser. Ma rivale transform\u00e9e en ange me porta un verre d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Comment tu t\u2019appelles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Henri.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Moi, c\u2019est Emy.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Merci, Emy.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu es malade&nbsp;? Tu as un probl\u00e8me de sant\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, mais merci de t\u2019en soucier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je me disais aussi\u2026 Quand on est riche, on n\u2019est pas malade.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne suis pas riche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Plus que moi. Je retourne \u00e0 l\u2019accueil. Bonne chance pour l\u2019entretien&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait gentille \u2013&nbsp;je l\u2019avais devin\u00e9&nbsp;\u2013 et son sourire gracieux ajoutait \u00e0 son charme. J\u2019allais lui rapporter cent kassets et une place de cin\u00e9ma. Ceci expliquait peut-\u00eatre sa compassion soudaine. Je n\u2019y croyais pas, mais apr\u00e8s mon agression, je n\u2019avais plus les id\u00e9es claires. Au caf\u00e9, la situation aurait pu d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. Le type qui m\u2019avait sauv\u00e9 \u00e9tait sans doute un agent de la p\u00e8gre, un ex\u00e9cutant missionn\u00e9 par des barons pour que perdure l\u2019activit\u00e9 lucrative des paris. Le quinquag\u00e9naire rougeaud disait peut-\u00eatre vrai&nbsp;; les gangs se rapprochaient de plus en plus des mondes centraux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019assis pr\u00e8s d\u2019un rang d\u2019azal\u00e9es et respirai leur parfum. La derni\u00e8re fois que j\u2019en avais vu, c\u2019\u00e9tait sur Ogoon, quand je d\u00e9racinais des ang\u00e9liques pour en extraire l\u2019huile essentielle. Mana vagabondait avec moi, mais comme toujours, elle avait le nez coll\u00e9 sur son \u00e9cran d\u2019ordinateur et je m\u2019\u00e9tais sali les mains pour deux.<\/p>\n\n\n\n<p>La responsable de la boutique vint me chercher. C\u2019\u00e9tait une petite dame menue aux cheveux gris boucl\u00e9s, une mamie. Elle me mena \u00e0 son bureau et me laissa choisir la chaise sur laquelle je voulais m\u2019asseoir. Pour ne pas para\u00eetre douillet, je pris la plus inconfortable, celle avec une assise en plastique dur et quatre pieds en fer. La pi\u00e8ce \u00e9tait annex\u00e9e \u00e0 la serre, isol\u00e9e par une cloison transparente. Tout le monde pouvait nous voir. La patronne me fixait avec ses grands yeux bleus. Elle portait des lunettes tr\u00e8s \u00e9paisses, de la m\u00eame couleur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous allez me parler un peu de vous, d\u00e9clara-t-elle, affable.<\/p>\n\n\n\n<p>Des montagnes de papiers couvraient son bureau. Mana aurait eu une crise d\u2019urticaire&nbsp;; elle pr\u00f4nait l\u2019archivage \u00e9lectronique et maudissait la paperasse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai dix-neuf ans et je m\u2019appelle Henri Milk. Je vis sur Orion et je cherche \u00e0 travailler dans le floral.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous n\u2019avez rien trouv\u00e9 chez vous&nbsp;? Je suis surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non. Et j\u2019ai envie de changer d\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avais anticip\u00e9 cette question et d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 ma r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous n\u2019\u00eates pas en fuite au moins&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle souriait de sa plaisanterie, mais moi, j\u2019y voyais un mauvais pr\u00e9sage. La blague ne m\u2019amusait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous avez une formation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pas officielle, mais j\u2019aime les plantes. Je les connais bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne pouvais pas lui r\u00e9v\u00e9ler que j\u2019avais pass\u00e9 six ans sur une plan\u00e8te exo \u00e0 les cultiver pour l\u2019industrie pharmaceutique, que j\u2019\u00e9tais le plus jeune commercial d\u2019une bo\u00eete innovante et que je me fichais compl\u00e8tement de son job.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Quelles sont vos plantes ou fleurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9es&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c0 quel niveau&nbsp;? Couleur, forme, odeur, usage m\u00e9dical&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;M\u00e9dical&nbsp;? Vous avez ce genre de connaissance&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oui, \u00e9videmment, c\u2019est primordial.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle parut surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Nos clients se moquent des usages m\u00e9dicinaux des plantes, r\u00e9pliqua-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa r\u00e9flexion m\u2019aga\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est dommage. En parcourant les rayons, j\u2019ai vu des ang\u00e9liques, des onagres, du houblon, de la val\u00e9riane, des nigelles. J\u2019ai pens\u00e9 acides ph\u00e9noliques, acides gras, flavono\u00efdes, glutamine, thymoquinone, vitamines et min\u00e9raux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je veux bien vous croire, mon gar\u00e7on, mais nous ne faisons pas ce commerce. Nos clients souhaitent ramener chez eux un peu de nature pour la contempler, sentir ses ondes positives. Nous en avons tous besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;La nature, c\u2019est dehors, pas dans les appartements.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses grands yeux bleus m\u2019incriminaient. Un long silence s\u2019installa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous \u00eates un activiste&nbsp;? Vous \u00eates venu ici pour me sermonner&nbsp;? Sachez que je g\u00e8re ce magasin, mais que je ne suis qu\u2019une employ\u00e9e. Si vous cherchez quelqu\u2019un sur qui cracher votre venin, passez votre chemin&nbsp;! Soyez plus courageux et allez taper plus haut&nbsp;! Chez Orus Five, nous sommes plus de cinq mille et ce ne sont pas les responsables qui manquent.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne comprenais pas pourquoi je m\u2019\u00e9tais emport\u00e9. Sans doute un trop-plein d\u2019\u00e9motions \u00e0 \u00e9vacuer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Veuillez m\u2019excuser&nbsp;! J\u2019ai fait une erreur en venant ici.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019aime mon m\u00e9tier, Monsieur Milk. C\u2019est une chance que beaucoup n\u2019ont pas. Je ne m\u00e8ne aucun autre combat.<\/p>\n\n\n\n<p><em>C\u2019est bien l\u00e0 le probl\u00e8me<\/em>, pensai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je peux y aller&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me fit signe de sortir. Je retournai \u00e0 l\u2019accueil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c0 te voir, dit Emy, \u00e7a s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 comme tu voulais. Mal.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Exactement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;La s\u00e9ance est \u00e0 quatorze heures. Je t\u2019attends ici.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;OK.<\/p>\n\n\n\n<p>Son tour approchait de s\u2019entretenir avec la patronne. Je lui souhaitai bonne chance et regagnai le Condor. Mes d\u00e9boires me donnaient la naus\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je te sens contrari\u00e9, dit Bob. Tu veux en parler&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Rien ne lui \u00e9chappait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Absolument pas&nbsp;! r\u00e9pliquai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019installai confortablement sur mon fauteuil de pilote et fermai les yeux. Je r\u00e9fl\u00e9chissais. J\u2019avais r\u00e9ussi \u00e0 int\u00e9grer un r\u00e9seau clandestin. Que penserait Mana de moi&nbsp;? H\u00e9ros ou idiot&nbsp;? Idiot, car je ne l\u2019avais pas tenu inform\u00e9e et la cellule Ath\u00e9na serait dans l\u2019incapacit\u00e9 de me venir en aide s\u2019il m\u2019arrivait malheur. Que penserait Babar&nbsp;? Bon ou mauvais&nbsp;? Mauvais, car je m\u2019\u00e9tais fait b\u00eatement remarquer par la s\u00e9curit\u00e9. Que penserait mon p\u00e8re&nbsp;? Fier ou pas fier&nbsp;? Honteux, car j\u2019\u00e9tais devenu un marchand ill\u00e9gal de tabac alors qu\u2019il luttait pour une soci\u00e9t\u00e9 en meilleure sant\u00e9. Que penserait Bob&nbsp;? Je le savais d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;On s\u2019en va&nbsp;? me demanda-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pas encore.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019on attend&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je dois livrer mes paquets.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tes paquets de quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;T\u2019occupe&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je peux regarder&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que je t\u2019y prenne&nbsp;! Un andro\u00efde d\u2019enseignement, \u00e7a ne fouille pas, \u00e7a enseigne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu n\u2019as pas toujours eu le m\u00eame discours. Tu veux que je te rappelle les quelques fois o\u00f9 tu m\u2019as oblig\u00e9 \u00e0 fouiller&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019avait pas besoin de me rafra\u00eechir la m\u00e9moire, je m\u2019en souvenais parfaitement. Enfant, je me servais de lui pour braver certains interdits.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu files un mauvais coton, Henri.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;T\u2019inqui\u00e8te&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019attendis treize heures avec impatience. Le tarmac \u00e9tait d\u00e9sert. Depuis le cockpit, je scrutais les all\u00e9es et venues du personnel et des rares propri\u00e9taires d\u2019a\u00e9ronefs. Soudain, arriva un chenillard aux couleurs de Boplus, conduit par mon contact. Il tractait deux remorques charg\u00e9es de caisses. Il abandonnait sa marchandise devant les vaisseaux ou la montait \u00e0 bord et r\u00e9cup\u00e9rait les anciens contenants. J\u2019abaissai la passerelle pour le recevoir. Il me tendit un bon de commande bidon et me remit quatre caisses \u2013&nbsp;vides&nbsp;\u2013 que je remplis avec ma cargaison ill\u00e9gale. Il ne m\u2019inspirait pas confiance. Son regard \u00e9tait fuyant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vite&nbsp;! dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi, on te surveille&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bien s\u00fbr&nbsp;! J\u2019attends que \u00e7a de me faire prendre. Magne-toi au lieu de discuter&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en fallut pas davantage pour que je le d\u00e9teste. Je transpirais \u00e0 cause de l\u2019effort et du stress. Il s\u2019empara des caisses et poursuivit sa tourn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Est-ce qu\u2019il y a des prisons pour les andro\u00efdes&nbsp;? demanda Bob. Ou c\u2019est directement la fonderie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne voulais plus l\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pas besoin d\u2019\u00eatre de la derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration pour comprendre que tu viens de faire une grosse b\u00eatise, lan\u00e7a-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je repars.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;O\u00f9 tu vas encore&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Et tu ne m\u2019am\u00e8nes pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Les films, on les a toujours vus ensemble, d\u00e9clara-t-il, pein\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il grattait la corde sensible.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il y a un d\u00e9but \u00e0 tout&nbsp;! affirmai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019avais bless\u00e9 et le regrettais. De retour au centre, je fus imm\u00e9diatement pris en chasse par une bo\u00eete de conserve \u00e0 chenilles qui m\u2019invita \u00e0 d\u00e9couvrir La pause bien-\u00eatre, un salon de massage. Je m\u2019y rendis. J\u2019avais une heure \u00e0 tuer et ne souhaitais pas d\u00e9ambuler sans but et risquer de me faire \u00e0 nouveau interpeller. J\u2019avais compris la le\u00e7on. Je croisai mon agresseur du matin, toujours \u00e0 la recherche d\u2019une clope et de monnaie. Une pulsion soudaine me domina. Je lui balan\u00e7ai une cigarette au visage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Appr\u00e9cie, cr\u00e9tin&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je partis sans me retourner. Je m\u2019attendais \u00e0 ce qu\u2019il r\u00e9plique d\u2019un juron ou me rattrape pour me cogner, mais rien ne se produisit. J\u2019avais gagn\u00e9. Je me sentais plus fort, mais pas assez pour affronter la brute au regard niais du Caf\u00e9 des sports. Je passai les portes du salon de massage et m\u2019installai sur l\u2019un de leurs \u00e9normes fauteuils en cuir. Derri\u00e8re les parois vitr\u00e9es, les gens cheminaient avec h\u00e2te. Je devinais leur nervosit\u00e9 et je peinais \u00e0 me d\u00e9contracter face \u00e0 un tel spectacle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Fermez les yeux, Monsieur, pour mieux profiter de votre s\u00e9ance&nbsp;! me conseilla l\u2019employ\u00e9e du centre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les roulements, les vibrations et la chaleur m\u2019enlev\u00e8rent. Je r\u00eavais des for\u00eats d\u2019Ogoon et de nos p\u00e9r\u00e9grinations avec Mana. J\u2019entendais la hackeuse pianoter sur son clavier d\u2019ordinateur. Elle ne s\u2019en s\u00e9parait jamais, sauf quand nous jouions avec nos amis brahalas. Je revivais ces moments d\u2019euphorie qui avaient berc\u00e9 mon adolescence et vu na\u00eetre mon d\u00e9sir d\u2019int\u00e9grer la cellule Ath\u00e9na. L\u2019alarme de fin de s\u00e9ance me r\u00e9veilla. Peu avant quatorze heures, je rejoignis Emy \u00e0 la boutique. Ses yeux \u00e9taient rouges&nbsp;; elle avait pleur\u00e9. Elle me restitua ma carte de circulation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c7a ne s\u2019est pas bien pass\u00e9&nbsp;? lui demandai-je. Elle a pris quelqu\u2019un d\u2019autre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bravo&nbsp;! Comment tu as devin\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je suis d\u00e9sol\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me faisait de la peine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;On va quand m\u00eame au cin\u00e9ma&nbsp;? l\u2019interrogeai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non. Rentre chez toi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle parlait sous le coup de la contrari\u00e9t\u00e9. Je n\u2019avais pas envie de la laisser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu oublies notre deal. Je dois t\u2019inviter.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle c\u00e9da, sans trop d\u2019effort, mais demeura maussade. Je payai deux places et nous nous install\u00e2mes sur le plateau mobile du d\u00f4me de projection holographique. Des larmes coulaient sur ses joues. Je lui tendis ses cent kassets.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Arr\u00eate&nbsp;! dit-elle. Tu ne croyais quand m\u00eame pas que j\u2019\u00e9tais s\u00e9rieuse&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si, pourquoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle refusait de prendre les billets.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Chose promise, chose due&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019insistai et elle finit par accepter.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je d\u00e9pense la moiti\u00e9 de mon salaire pour aider ma m\u00e8re \u00e0 se soigner, confessa-t-elle. Maintenant, je ne pourrai plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019elle a&nbsp;? Ce n\u2019est pas pris en charge&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, parce que d\u2019apr\u00e8s le m\u00e9decin, elle peut encore travailler. Elle souffre d\u2019inflammations pulmonaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pathologie s\u00e9vissait sur les plan\u00e8tes oxyg\u00e9n\u00e9es \u00e0 l\u2019algue brune des Barat. Les micro-organismes, au bout d\u2019un certain temps et sans que personne sache pourquoi \u2013&nbsp;ou ne cherche \u00e0 savoir&nbsp;\u2013 entamaient un processus de d\u00e9gradation toxique. Ils rejetaient dans l\u2019air des nanoparticules phosphor\u00e9es qui atteignaient les bronches. Pour assainir les lieux de vie, il suffisait d\u2019un humidificateur et de feuilles d\u2019andragone. Cette plante se cultivait sous serre en atmosph\u00e8re enrichie, mais le march\u00e9 s\u2019av\u00e9rait peu rentable pour l\u2019industrie. La cueillir sur des plan\u00e8tes exos lointaines constituait une alternative, mais alors son prix de vente augmentait consid\u00e9rablement. Sur Ogoon, l\u2019andragone poussait comme de la mauvaise herbe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c0 quel stade elle en est&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi&nbsp;? Tu t\u2019y connais&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Un peu. Mon p\u00e8re travaille pour un groupe pharmaceutique.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi qui devais en r\u00e9v\u00e9ler le moins possible\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Elle a dit stop aux examens, c\u2019est une torture.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cancer guettait ceux qui laissaient s\u2019installer le mal. Au premier stade, il se soignait, mais pas sur les plan\u00e8tes pauvres, car les traitements co\u00fbtaient cher. Au deuxi\u00e8me stade, il fallait entrer en institution et suivre une th\u00e9rapie r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une patient\u00e8le fortun\u00e9e. L\u2019espoir \u00e9tait n\u00e9anmoins permis&nbsp;: les Brahalas avaient \u00e9labor\u00e9 un antidote naturel et Tryllek, l\u2019entreprise pour laquelle je travaillais, attendait l\u2019autorisation du S\u00e9nat pour entamer les essais cliniques. Cette autorisation tardait \u00e0 leur \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e, car elle mettait en danger l\u2019\u00e9conomie des autres groupes pharmaceutiques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je peux t\u2019aider, dis-je \u00e0 Emy pour la rassurer. Gratuitement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi tu ferais \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Parce que \u00e7a ne me co\u00fbte rien.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu demandes quoi en \u00e9change&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me fixait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai une amie qui s\u2019est laiss\u00e9 prendre, dit-elle, pour financer sa premi\u00e8re ann\u00e9e d\u2019\u00e9tude. Le type a eu ce qu\u2019il voulait, et elle, elle regrette.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu parles de quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;De prostitution.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu es folle&nbsp;! Jamais je n\u2019aurais pens\u00e9 \u00e0 un truc pareil.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais horrifi\u00e9 que l\u2019id\u00e9e lui ait travers\u00e9 l\u2019esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je sais o\u00f9 trouver de l\u2019andragone, affirmai-je. C\u2019est tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle doutait de ma franchise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu es bizarre comme gar\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Peut-\u00eatre, mais je suis honn\u00eate. Je viendrai t\u2019en apporter.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu es qui, au juste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il vaut mieux que tu n\u2019en apprennes pas trop.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019appliquais enfin les conseils de Babar&nbsp;; en bon contrebandier, je devais rester myst\u00e9rieux. Le film commen\u00e7a et je n\u2019y portai que peu d\u2019int\u00e9r\u00eat \u2013&nbsp;une histoire de dinosaures revisit\u00e9e par les ing\u00e9nieurs de l\u2019holographie. Un divertissement tr\u00e8s bof. Je pr\u00e9f\u00e9rais les voir en vrai sur Orion, dans un parc qui leur \u00e9tait consacr\u00e9. La lumi\u00e8re se ralluma et Emy me laissa sur un bout de papier son adresse \u00e9lectronique et son num\u00e9ro de mobile.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu tiendras ta promesse&nbsp;? Tu reviendras&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Jur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019eus droit \u00e0 un sourire radieux. Elle se leva pour gagner la sortie et j\u2019en profitai pour mieux la regarder. Elle portait un pantalon noir assez ample et un chemisier blanc qui donnait beaucoup de relief \u00e0 sa poitrine. Elle avait mon \u00e2ge, mais la contrari\u00e9t\u00e9 la vieillissait. Lorsque nous nous quitt\u00e2mes, je compris qu\u2019elle doutait encore de ma sinc\u00e9rit\u00e9. Je pris le chemin de l\u2019astroport sur le toit du centre commercial et quand les portes de l\u2019ascenseur s\u2019ouvrirent, j\u2019imaginai le Condor cern\u00e9 par les agents de la s\u00e9curit\u00e9. Il n\u2019y avait que Bob qui m\u2019attendait sagement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est bon, maintenant, on s\u2019en va&nbsp;? demanda-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oui, mais on va revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c7a, on verra&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il croyait d\u00e9tenir encore une once d\u2019autorit\u00e9. Je ne disposais pas d\u2019intelligence artificielle et devais renseigner le plan de vol manuellement dans l\u2019ordinateur de bord.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bob, je trouve que tu es de plus en plus effront\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Impossible. Mon programme ne le permet pas. Je suis juste soucieux de te prot\u00e9ger.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le petit Henri est grand, maintenant. Laisse-le tranquille&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qui me parle&nbsp;? Monsieur Je fais n\u2019importe quoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il se tut quelques instants et revint \u00e0 la charge.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi est-ce que tu me gardes avec toi&nbsp;? Pour me torturer&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, Bob. Parce que je t\u2019aime. Je l\u2019avais coinc\u00e9. Aucune riposte ne lui \u00e9tait permise. Je d\u00e9collai avec l\u2019aisance du pilote qui connaissait son vaisseau sur le bout des doigts et le Condor franchit rapidement la stratosph\u00e8re tr\u00e8s basse de Stocksan. J\u2019avais une heure trente-sept de voyage \u00e0 0,84 qvl \u2013&nbsp;la vitesse de croisi\u00e8re de mon transporteur l\u00e9ger&nbsp;\u2013 pour gagner Orion. Je devais trouver un cr\u00e9neau dans mon emploi du temps pour me rendre sur Ogoon et voler quelques feuilles d\u2019andragone aux Brahalas. Il ne fallait pas que Mana l\u2019apprenne. Bob n\u2019avait pas int\u00e9r\u00eat d\u2019ouvrir sa bouche de petit rapporteur. Celle qui avait grandi avec moi et que je consid\u00e9rais comme ma s\u0153ur ne supportait pas les secrets et je l\u2019imaginais d\u00e9j\u00e0 enrager \u00e0 l\u2019id\u00e9e que je puisse lui cacher quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Acheter le livre sur le site de l&rsquo;\u00e9diteur : <a href=\"https:\/\/www.cordesdeluneeditions.fr\/index.php\/henri-milk-1-le-guerrier-dathena\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.cordesdeluneeditions.fr\/index.php\/henri-milk-1-le-guerrier-dathena<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Acheter sur Amazon : <a href=\"https:\/\/amzn.eu\/d\/f7S4wmZ\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/amzn.eu\/d\/f7S4wmZ<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Disponible \u00e9galement dans toutes les librairies, sur commande.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Roman paru aux \u00e9ditions Cordes de lune Henri Milk est un tout jeune commercial qui travaille pour Tryllek, une entreprise pharmaceutique innovante o\u00f9 collaborent pour la premi\u00e8re fois des humains&hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":321,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[6],"tags":[28,29,26],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148"}],"collection":[{"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=148"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":312,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/148\/revisions\/312"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/321"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/zabal.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}